ETRE JUIF ET FRANCAIS : Jacob Kaplan, le rabbin de la République

de Haïm Korsia (Editions Privé)
publié le jeudi 23 novembre 2006
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S’il fut grand rabbin de France de tres nombreuses années, il fut également grand rabbin de Paris de 1950 à 1955, et notre consistoire ne peut oublier l’apport primordial qui fut le sien à la mise en place des structures dont nous avons héritées.

Mais par dela ce lien de la mémoire avec nous, comment un homme peut à ce point épouser son siècle, en comprendre les enjeux et réussir à en orienter l’histoire ?


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Parler de Jacob Kaplan, c’est suivre l’histoire du judaïsme de France pendant cent ans, c’est suivre l’histoire de France de l’Affaire Dreyfus à nos jours, c’est porter un regard bon, courageux, grandiose sur l’histoire d’amour entre le judaïsme et la France.

Il incarna, et il incarne toujours, cette double vocation de la France et du judaïsme, fidèle aux deux, non par une double allégeance, mais par une double filiation.

Il aimera toujours passionnément la France, la véritable, celle qui fait de ses enfants des frères, et il défendra toujours le judaïsme, le véritable, celui qui a l’intelligence de s’inscrire dans le monde.

Il ne lutte pas contre l’antisémitisme, il combat pour rendre justice au judaïsme.

Il est porteur d’une certitude, celle de voir converger de manière extraordinaire deux vocations, celle de la France et celle du judaïsme, et il va incarner de la plus belle des façons tout au long de sa vie cette double espérance. Jacob Kaplan est porteur de cette idéologie de la victoire, victoire de l’intelligence sur l’enfermement, du dialogue sur le rejet de l’autre, de la grandeur de la France sur la peur de l’étranger. Il est, dans tous ses actes, l’opposé absolu de l’idéologie de la défaite qu’est l’antisémitisme. Il est le visage de la France et le reflet du judaïsme. Jacob Kaplan fit le choix de ne répondre ni par un excès de patriotisme qui poussa certains juifs à renier, ou tout au moins à oblitérer de l’espace public la foi de leurs pères, ni par une affirmation exclusive du judaïsme qui aurait gommé toutes ses autres appartenances.

Il ne lutte pas contre l’antisémitisme, il combat pour rendre justice au judaïsme.

Il y a dans cette volonté de concilier deux identités différentes une clef vitale pour notre société d’aujourd’hui, pour le judaïsme, bien évidement, mais plus largement pour toutes ces identités différentes qui oscillent entre un modèle anglo saxon de communautés juxtaposées et un modèle français d’intégration. Et quelle intégration ? Celle qui viserait à l’assimilation et à la dilution totale ou plutôt celle que défend Jacob Kaplan et qui prône un apport de chacun, dans sa diversité, au projet commun qu’est la France ?

Jacob Kaplan réussit à ouvrir une troisième voie qui refuse de choisir entre l’universalisme et le particularisme, car le génie de la France consiste justement à ne soumettre personne au terrible dilemme de choisir entre sa citoyenneté et sa foi.



David Levy
webmaster




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