Parasha Hayesara 5767

Chabbath 18 novembre 2006 - 27 Hechvan 5767 - Début : 16 h 50 - Fin : 17 h 56
publié le jeudi 16 novembre 2006
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Lecture de la Torah : GENESE XXIII, 1 à XXV, 18 : Mort de Sara ; mariage d’ISAAC ; mort d’ABRAHAM. Haphtara : I ROIS I, 1 - 31 : SALOMON, successeur de DAVID.

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Commentaires sur la Torah :

Notre paracha commence par nous parler de la mort de SARA, la fidèle épouse d’ABRAHAM, celle qui à ses côtés a entrepris l’éducation de ses contemporains pour les amener à la prise de conscience qu’il n’existait qu’un seul D.ieu, Maître de l’Univers. La formulation des années de vie de cette matriarche est assez curieuse. Elle a vécu cent vingt-sept ans. La Torah, au lieu de donner ce chiffre en une seule fois, nous en donne le détail en disant littéralement : «  La vie de SARAH fut de cent ans, de vingt années et de sept années ». (Genèse XXIII, 1). Pour quelle raison fallait-il donner le détail des années par centaines, par dizaines et par unités ? Le Midrash, se fondant sur le verset de Psaumes XXXVII, 18 disant : « L’Eternel connaît les jours des hommes intègres, leur héritage est assuré à jamais » nous fournit l’explication suivante : « De même qu’ils sont intègres c’est-à-dire complets, ainsi leurs années de vie sont parfaites. A vingt ans, Sara était aussi jolie qu’à sept ans, à cent ans elle était aussi pure qu’à l’âge de vingt ans.

Cette femme vertueuse qui vivait dans l’ombre de son mari, nous offrant la véritable image d’un foyer juif harmonieux vient alors à décéder. ABRAHAM se préoccupe donc de son inhumation. Il souhaite pour cela toute la dignité nécessaire et voudrait en conséquence acheter une concession perpétuelle pour le repos éternel de son épouse. Il s’adresse donc aux habitants du pays de CANAAN et leur dit : « Si vous trouvez bon que j’ensevelisse ce mort qui est devant moi, écoutez-moi : priez en ma faveur EFRONE, fils de TSOHAR, pour qu’il me cède le caveau de MAKPÊLA qui est à lui, qui se trouve au bout de son champ, qu’il me le cède pour argent comptant, comme propriété tumulaire au milieu de vous. » (Genèse XXIII, 8 - 9)

Nous sommes en présence d’une véritable transaction commerciale nous permettant de connaître les mœurs antiques dans ce domaine. Toutefois, on peut se demander pour quelle raison notre paracha s’est si longuement étendue sur cette question en nous donnant les détails de ce marchandage. D’habitude, la Torah pour d’autres sujets semble moins prolixe, abrégeant des détails réalistes, renonçant même à décrire l’ambiance, le paysage, les habits, même les visages ne sont dépeints qu’en d’extrême nécessité. La manière de vivre d’une personne, ses habitudes, sa façons de s’asseoir ou de se lever, sa nourriture et les ustensiles familiers, ses conversations, ses entretiens avec les autres, tout cela la Torah a l’habitude de l’abréger. Pour quelle raison dans notre texte, a t-elle dérogé à son habitude ? Toutes ces interrogations sont parfaitement résumées par MALBIM qui se demande ce que tout cela peut nous apporter pour une meilleure compréhension de la Tora ? Nombreuses ont été les réponses apportées par nos exégètes.

Certains ont voulu voir l’importance de notre passage biblique dans son rapport avec la Terre Sainte. Ils ont notamment cru trouver dans l’acquisition de la MEARAT HAMAKHPELA (la double grotte se trouvant à HEBRON et dans laquelle, selon la Tradition, seraient inhumés les couples formés par ADAM et EVE, ABRAHAM et SARA, ISAAC et REBECCA et enfin JACOB et RACHEL), le symbole de notre priorité sur cette grotte grâce au terrain acheté. Voici ce que nous lisons dans BERECHITH RABBAH chapitre 79 - § 7 : « Rav YOUDAN fils de Rav SIMONE a dit : Nous trouvons là l’un des trois lieux sur lesquels les nations du monde ne peuvent dire : « vous les avez volés ». Il s’agit de la MEAARAT HAMAKPELA, l’endroit où est situé le Temple et la tombe de JOSEPH (à SICHEM - NAPLOUSE de nos jours). La MEAARAT HAMAKPELA dont il est écrit : « ABRAHAM écouta EFRÔNE , et lui compta le prix qu’il avait énoncé en présence des enfants de ‘HETH : quatre cents sicles d’argent en monnaie courante. » (Genèse XXIII, 16) Le lieu où devait être situé le Temple, ainsi qu’il est écrit : « DAVID donna donc à ORNAN pour l’emplacement des sicles d’or, au nombre de six cents. » (I Chroniques XXI, 25)

Pour la tombe de JOSEPH, ainsi qu’il est dit : « Il (JACOB) acquit la portion de terrain où il établit sa tente, de la main des enfants de « ’HAMOR, père de SICHEM, pour cent kesita. (Genèse XXXIII, 19)

Sur ce verset 19, IBN EZRA précise : « ce chapitre a été écrit pour faire connaître la supériorité du pays d’Israël par rapport aux autres pays, autant pour les vivants que pour les morts. » Cet auteur est pourtant contredit par NACHMANIDE, qui payant de sa personne, parvint aux portes où il rendit l’âme. En effet, dans son commentaire sur ce même verset 19, il dit : « Je ne comprends pas ce qu’a voulu dire Rabbi Abraham (Ibn Ezra) lorsqu’il parle de la supériorité d’Israël, pour les vivants et les morts. En quoi y a-t-il supériorité ? De toute manière, on n’irait pas se faire inhumer dans un autre pays que celui-là. » Pourtant, ce même IBN EZRA donne encore une autre explication, à savoir : « qu’il s’agit de réaliser la promesse divine selon laquelle cette terre serait définitivement dévolue à ABRAHAM ».

Il s’agit en effet de l’accomplissement de cette promesse faite au patriarche : « Je donnerai ce pays à ta descendance ». (Genèse XII, 7). Souvenons-nous également d’une promesse faite ultérieurement, au moment de « l’alliance des morceaux » (Genèse XXII, 17) où il est dit : « ta postérité conquerra les portes de ses ennemis » (Genèse XXII, 17). Tout a donc commencé avec ABRAHAM, et notre paracha a pour objet de témoigner de sa grandeur et de sa vocation au milieu des nations. NACHMANIDE développe la seconde opinion formulée par IBN EZRA, en disant : « Cette paracha relative à l’achat d’une concession destinée à y ensevelir SARA a été écrite pour nous faire connaître les bontés divines envers ABRAHAM. Il était le Prince de D.ieu dans le pays où il était venu s’installer. Il était Unique et tout le peuple l’appelait « Mon Seigneur = ADONI » mais lui ne disait rien, du fait qu’il était Prince et Grand. Déjà de son vivant s’était réalisée cette parole selon laquelle « je rendrai ton nom glorieux, et tu seras un type de bénédiction. » (Genèse XII, 2). Son épouse mourut et fut inhumée dans la parcelle fixée par D.ieu. De plus D.ieu voulait nous faire connaître le lieu de la sépulture de nos ancêtres sacrés.

On peut cependant se demander avec l’auteur du ‘HIZKOUNI, pour quelle raison, si cet endroit était destiné au patriarche et à ses descendants, il fallut que celui-ci prenne tant de précautions oratoires et condescende à tant de génuflexions devant les fils de ‘HETH ? Voici donc l’explication de cet auteur : « ABRAHAM était contraint à tout cela, car même si EFRÖNE lui avait bien vendu le terrain, il n’en avait pas pour autant le droit d’y procéder à une inhumation, sans l’autorisation de tous les habitants du pays. C’est pourquoi il dut se lever et se prosterner devant tous, même ceux qui se trouvaient derrière lui, tandis que pour EFRÖNE il ne se prosterna que face à lui. »

Nous voyons dans ce comportement une grande distance entre les promesses divines relatives à la royauté, à la grandeur promises et leurs réalisations. Nos Sages y voient une épreuve endurée par ABRAHAM. Nous savons bien que cela pourrait normalement donner lieu à de l’amertume, à du ressentiment, voire à un sentiment de révolte. Même GEDEON choisi par D.ieu pour sauver le peuple, constatant que malgré les promesses divines, celui-ci était humilié et rabaissé, ne put s’empêcher de lancer un cri du cœur : « Hélas ! Seigneur, si l’Eternel est avec nous, d’où vient tout ce qui nous arrive ? » (Livre des JUGES VI, 13)

La position d’ABRAHAM dans l’épreuve de la Foi et sa fidélité malgré ce que voyaient ses yeux, malgré la situation sociale, économique, politique de son temps, est considérée par nos Sages comme justifiant la présentation de notre paracha. Voici ce qu’en dit le Midrash Hagadol : « Vois donc quelle fut l’humilité d’ABRAHAM ! D.ieu lui avait bien promis de lui accorder indéfiniment le pays, ainsi qu’à ses descendants. Or, voici qu’il ne pût obtenir une terre de sépulture qu’à un fort prix, et cependant, il n’éleva nulle récrimination contre D.ieu. Bien plus, il alla jusqu’à parler avec soumission aux habitants du pays en leur disant : « je ne suis qu’un étranger domicilié parmi vous » (Genèse XXIII, 4). C’est alors que D.ieu s’adressa à lui en ces termes : « Tu t’es toi-même rabaissé, par ta vie (je le jure), je ferai de toi un Maître et un Prince sur eux. »

Même le Satan, qui, selon le Livre de JOB est chargé de mettre à l’épreuve les êtres humains, y compris les grands Justes, est obligé de reconnaître la force d’ABRAHAM surmontant les épreuves. Voici le dialogue suivant que nous rapporte le Talmud Baba Bathra 15 b : « Or, un jour les fils de D.ieu vinrent se présenter devant l’Eternel, et le Satan, lui aussi vint au milieu d’eux. L’Eternel dit au Satan : « D’où viens-tu ? » Le Satan répondit au Seigneur : « J’ai visité la terre et l’ai parcourue en tous sens. » (JOB I, 6 - 7). Il ajouta : « Maître du monde ! j’ai parcouru la terre entière et n’ai trouvé nulle part un homme aussi fidèle que Ton serviteur ABRAHAM, à qui Tu as dit : « Lève-toi ! parcours cette contrée en long et en large ! car c’est à toi que je la destine » (Genèse XIII, 17), et malgré cela, alors qu’il ne trouve pas un coin pour y enterrer SARA, il n’émet aucune récrimination. »

Le comportement devant l’épreuve subie par ABRAHAM était jugé très important par nos Maîtres. Ils considéraient qu’il s’agissait là d’un modèle valable pour tous les Patriarches, au point d’en citer l’exemple à MOÏSE. En effet, lorsque ce dernier se rendit compte que ses premières interventions auprès du Pharaon en vue de faire libérer les Hébreux d’Egypte avait momentanément aggravé la situation de ses frères, D.ieu lui rappela qu’en des circonstances presque identiques, les Patriarches n’avaient nullement remis en cause la justice divine. MOÏSE dut donc s’incliner devant une telle argumentation, surtout lorsqu’elle fut ponctuée d’une phrase depuis lors utilisée chaque fois que l’on déplore la perte d’un Ancien en disant : « HAVAL AL DEABDINE VELO MISHTAKHINE - Dommage pour ceux qui sont partis et qui ne sont pas oubliés ».

Notre étude hebdomadaire avait donc essentiellement pour objet de faire ressortir la figure du patriarche ABRAHAM, grandi par les épreuves qu’il eût à surmonter. Selon la Tradition, il dut en affronter dix. C’est donc un exemple à méditer quand on se trouve en extrême difficulté. D’une part, notre épisode biblique tentait de souligner le fait que la Terre d’Israël avait été acquise moyennant pièces sonnantes et trébuchantes, et plus particulièrement la grotte de MAKPELA à HEBRON, pour que nul ne puisse jamais en contester la propriété ni à ABRAHAM ni à ses descendants légaux. D’autre part, celui-ci nous donne l’exemple du véritable croyant, ne remettant pas en cause sa Foi, quoiqu’il puisse lui en coûter au niveau de ses chagrins et de ses malheurs. C’est sans doute ce qu’ont pensé tant de nos frères, après une épreuve aussi dure à supporter que ne le fût celle de la SHOAH, lorsqu’il s’est ensuite agi de reconstruire les familles et les communautés.

HAPHTARA :

Dans notre paracha, nous prenions connaissance du souci qu’éprouvait le patriarche ABRAHAM quant à sa succession spirituelle. Son véritable héritier est ISAAC pour lequel il cherche à trouver l’épouse pouvant le mieux assurer cette succession. Comme chacun sait, c’est REBECCA qui eut le mérite de devenir l’épouse tant recherchée. Notre Haphtara de son côté, nous décrit la fin de règne du roi DAVID dont le trône était convoité par ses nombreux fils. Mais c’est le Roi SALOMON qui lui succéda en définitive.

Lorsque ce dernier fut enfin choisi, malgré les intrigues de cour ayant précédé ce choix, DAVID fit à son fils deux recommandations : faire les efforts nécessaires pour parvenir à la connaissance la plus élevée de D.ieu, et faire en sorte que le culte rendu soit à la mesure des connaissances acquises.

Nous savons que DAVID tout comme ABRAHAM a su transmettre à SALOMON la source de la sagesse. Par contre, il ne parvint pas à lui communiquer la véritable piété comme l’avait autrefois réussi le premier de nos patriarches avec son fils unique ISAAC. C’est ce que souligne le ZOHAR sur notre paracha, en dénonçant le choix fait par SALOMON d’épouser des femmes impies. Il faut donc bien admettre que les connaissances et les fondements de la Sagesse seuls ne suffisent pas pour garantir l’exercice de la pratique religieuse. Une simple spéculation philosophique ne conduit pas nécessairement à l’observance des mitzwoth.

Les textes de la Paracha et de la Haphtara nous montrent par ailleurs l’importance qu’il faut attacher à la notion d’amour et de charité, ce qui en hébreu est notamment condensé dans la vertu du HESSED, l’amour pour les créatures. Cette vertu a été particulièrement mise en valeur par RIVKA, l’épouse d’ISAAC. Son milieu initial, proche de celui d’ABRAHAM, l’avait déjà préparée à exercer cette vertu. Rappelons-nous en particulier la manière par laquelle elle accueillit ELIEZER, le serviteur cananéen d’ABRAHAM,venu de loin chercher l’épouse idéale pour son maître.

Ce que DAVID souhaitait de la part de son fils SALOMON c’était que celui-ci se conduise avec piété et sincérité envers D.ieu. Certes, celui-ci a réalisé une grande œuvre déjà initiée par son père, en construisant le premier Temple de JERUSALEM. Mais il est passé à côté de l’essentiel consistant à mener une vie simple. Au contraire, il s’est laissé griser par le pouvoir, en se laissant notamment aller à sa passion pour les femmes et les chevaux. Cela lui valut de sérieuses difficultés dans les affaires royales, et sa succession, fut on le sait, lourde de conséquences, amenant le schisme de son royaume.

A l’opposé, RIVKA désignée pour être l’épouse d’ISAAC, bien qu’issue d’un milieu où régnait le paganisme, avait des qualités personnelles extraordinaires de piété et de simplicité. C’est ce que nous pourrons découvrir dans la prochaine paracha de TOLEDOTH. Le secret de la réussite morale et spirituelle d’un couple ou d’une personne tient entre les mains de la Providence. On a trop souvent à l’oublier quand on se prépare à choisir une carrière ou un conjoint. C’est là me semble-t-il ce que nous pourrions retenir de notre Haphtara.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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