Parasha Vayera 5767

Chabbath 11 novembre 2006 - 20 ‘Hechvane 5767 - Début : 16 h 59 - Fin : 18 h 03
publié le mardi 7 novembre 2006
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Lecture de la Torah : GENESE XVIII, 1 à XXII, fin : Piété d’ABRAHAM. Haphtara : II Rois IV, 1 - 37 : Sephardim et quelques autres communautés : IV, 1 - 23 : ELISEE et la SUNAMITE.

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Commentaires sur la Torah :

Les lectures de la paracha NOA’H que nous avons lue il y a deux semaines et celle de VAYERA ne peuvent manquer de nous frapper en ce qui concerne les personnalités de NOE et d’ABRAHAM. Le premier, certes, a bien obéi à l’ordre de construire une arche dans laquelle serait abritée les membres de sa famille et toutes les espèces d’animaux, pendant que le Déluge viendrait anéantir toute l’humanité coupable de corruption, de violences. Mais ce faisant, nous sommes frappés par le silence de NOE. Pas une parole ne s’échappe de sa bouche pour tenter de prendre la défense de ses contemporains condamnés à la destruction totale de toute vie sur terre. C’est ce que soulignent les commentateurs se référant au texte biblique disant : « Ceci est l’histoire de NOE. - NOE fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains ; il se conduisit selon D.ieu » (littéralement : il marchait avec D.ieu, il le suivait ». (Genèse VI, 9)

Toute autre est l’appréciation générale de nos textes sacrés et de leurs commentaires pour ce qui est du patriarche ABRAHAM. Celui-ci reçoit da la part de D.ieu l’ordre suivant : « Je suis le D.ieu tout-puissant ; conduis-toi à mon gré (marche devant moi) sois irréprochable. » (Genèse XVII, 1). Le ton est nettement différent. ABRAHAM est bien l’homme choisi par D.ieu pour porter haut et fort le message divin du monothéisme. Son contenu est fait de Foi en D.ieu mais aussi de défense de l’Homme, celui-ci fût-il même jugé coupable.

C’est donc dans ce contexte que nous pouvons comprendre le sens de l’intercession d’ABRAHAM en faveur des habitants de SODOME et GOMMORRHE condamnés à disparaître en raison de leur mauvaise conduite et de leur immoralité. C’est ce que nous apprend le passage de GENESE XVIII, 23 - 33. Nous y apprenons ceci : « ABRAHAM s’avança et dit : « Anéantirais-tu le juste avec le méchant ? » (XVIII, 23) C’est là que nous voyons la supériorité d’ABRAHAM, notre père, sur NOE, père du genre humain, mise en évidence par les commentaires.

Le ZOHAR les compare l’un à l’autre en ces termes : « Rabbi YEHOUDA disait : Vit-on jamais père miséricordieux comme ABRAHAM ? Lorsque D.ieu dit à NOE : « La fin de toute chair est venue devant moi... je vais les détruire avec la terre. Fais-toi une arche de bois de gofèr. »(VI, 13 - 14) , NOE se tut, ne dit rien et ne demanda pas grâce. Par contre, à peine le Saint Béni soit-Il eut-t-il dit à ABRAHAM : « Comme la plainte contre SODOME et GOMORRHE est grande et comme leurs péchés sont très graves, je veux descendre et voir » (XVIII, 20) qu’ABRAHAM s’avança et dit : « Anéantirais-tu vraiment le juste et le méchant ? » (XVIII, 23)

En lisant attentivement le texte, nous pouvons nous rendre compte que D.ieu donna l’occasion à ABRAHAM d’intercéder en faveur des villes coupables de mauvaise conduite. En lui disant : « Comme la plainte contre SODOME et GOMORRHE est grande et comme leurs péchés sont très graves, je veux descendre et voir » D.ieu voulait le mettre à l’épreuve pour voir si ABRAHAM était prêt à aller intercéder ou non en faveur des coupables.

Peu après il est dit qu’ABRAHAM « s’avança ». Comment peut-on comprendre qu’il s’avança alors que par définition, D.ieu est partout présent dans le monde avec toute la gloire qui L’entoure ? Se fondant sur l’enseignement de nos Sages, RACHI distingue dans le terme « s’avancer » trois significations : s’avancer pour parler avec dureté (avant le combat) s’avancer pour fléchir la pitié s’avancer pour prier.

En d’autres termes, ABRAHAM fit appel à toutes ses ressources intérieures, soit à la douceur, soit à la fermeté, voire à l’amour et la crainte de D.ieu, ou encore à l’humilité et à l’audace, en se tenant prêt pour le combat. Il argumenta : « Loin de toi d’agir de la sorte » (v. 25) Il supplia : « De grâce, que mon Seigneur ne s’irrite pas, je ne parlerai plus que cette fois » (v. 32) Il s’enhardit : « Celui qui juge toute la terre ne rendrait-il pas bonne justice ? » (v. 25) Enfin, il s’effraya de son audace : « De grâce, j’ai entrepris de parler à mon Seigneur et je suis poussière et cendre » (v. 27)

En fait, à quoi tendait l’intercession faite par ABRAHAM, Devait-elle empêcher la mort des justes ? Pouvait-elle en même temps sauver les méchants ? Voyons donc sa première demande à travers ses premières paroles : « Anéantirais-tu vraiment le juste avec le méchant ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans l’intérieur de la ville : les anéantirais-tu vraiment et ne pardonnerais-tu pas à cet endroit en faveur des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi d’agir de la sorte, de faire périr le juste et le méchant de sorte qu’il en soit du juste comme du méchant. Loin de toi ! Le juge de toute la terre ne rendrait-il pas bonne justice ? » (v. 23 - 25)

Selon le Maguid de DOUBNO (fin du 18° s.), ces paroles comportent des contradictions. Au verset 23 ABRAHAM prie D.ieu pour que ne périssent ensemble le juste et le méchant. Au verset 24, alors qu’il n’a pas encore été exaucé, il continue de prier pour que les justes sauvent les coupables. Enfin, dans le dernier verset, le 25, ABRAHAM se contente de ne prier qu’en faveur des justes.

A ces contradictions apparentes, nous pouvons trouver une réponse bien antérieure. Elle avait été proposée au 17° déjà, par le « TAZ » (David ben Samuel HALEVI dont les initiales de son commentaire sur le Choul’han Aroukh appelé le « TOUREI ZAHAV). En effet, dans son ouvrage sur RACHI intitulé DIVREI DAVID, cet auteur dit ceci : « (Voici ce que dit ABRAHAM) : il est normal que Tu n’anéantisses pas le juste avec l’impie ; ceci n’est que justice et nul n’est besoin de prier pour cela. Si je prie, c’est uniquement pour que Tu sauves toute la ville en tenant compte des justes. Si toutefois ma prière ne devait pas être agréée, pourquoi ferais-tu périr les justes ? c’est là une question de stricte justice dans laquelle la prière n’a pas à intervenir. Nous nous trouvons là devant deux grands principes. Le premier est celui du droit et de la justice, celui-là même qui avait été désigné comme devant souligner la personnalité d’ABRAHAM, qui avait précisément reçu pour mission d’y conformer sa vie. Il est écrit, peu avant l’intercession d’ABRAHAM en faveur des habitants des deux villes condamnées : « Car je l’ai distingué afin qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel en pratiquant la JUSTICE et le BON DROIT. » (v. 19)

Ce qui nous est présenté ici nous montre que bien avant qu’il ait des enfants, le patriarche l’accomplit comme principe d’éducation, en l’exigeant même du JUGE de la terre entière : « Le Juge de toute la terre ne rendrait-il pas bonne justice ? (v. 25) Dans les paroles d’ABRAHAM nous trouvons également un second principe : celui du mérite des justes rejaillissant, même s’ils sont isolés, sur la majorité. Il s’agit là du principe de la responsabilité, de l’influence et du pouvoir que peuvent exercer les bons éléments bien que minoritaires, sur une majorité corrompue. ABRAHAM espérait trouver au-moins cinquante justes capables, par leur comportement, de faire pencher la balance de tous les habitants des villes condamnées. Nous retrouvons cette même idée chez le prophète JEREMIE peu avant la destruction du Temple et de la ville de JERUSALEM : « Sillonnez les rues de JERUSALEM, regardez donc et jugez, et cherchez sur ces places publiques ; si vous trouvez un homme, s’il en est un qui pratique la justice, recherche la loyauté, elle sera pardonnée. (JEREMIE V, 1)

Toutefois, selon nos Sages, il y a une limite quant à la possibilité pour une minorité de sauver une majorité condamnée. Cette limitation nous est indiquée par allusion dans la première réponse donnée par D.ieu à ABRAHAM : « L’Eternel dit : « Si je trouve à SODOME cinquante juste à l’intérieur de la ville, je pardonnerai à cet endroit à cause d’eux. » (v. 26). Pourquoi répéter les termes « SODOME » et « à l’intérieur de la ville » ? Selon IBN EZRA, toujours remarquable par sa concision nous permet de découvrir la profonde signification de cette insistance. Il dit : « L’expression « à l’intérieurde la ville » indique qu’il s’agit de justes manifestant en public leur crainte de D.ieu. C’est dans ce même sens que JEREMIE s’exclame : « sillonnez les rues de JERUSALEM » (V, 1)

En d’autres termes le pouvoir qu’auraient une minorité pour sauver une majorité coupable de dépravation ne peut être envisagée que dans le cas où ces justes peu nombreux, isolés, se trouvent « à l’intérieur de la ville », mêlés étroitement à la vie de la cité, à la gestion de ses affaires, pouvant ainsi exercer leur influence sur la vie publique. Si ces justes se contentent de rester à l’écart, ne se mêlant de rien pour ne s’attirer aucun ennui, alors ils réussiront tout au plus à se sauver eux-mêmes à l’exemple de NOE dont nous avons parlé au début, mais leurs mérites ne pèseront pas assez pour sauver et protéger la « ville ». Dans ces conditions également, la ville qui se contenterait de confiner les quelques justes vivant en son sein, ne pourrait invoquer en sa faveur le mérite de ceux-ci pour prétendre être sauvée de la destruction.

Nous savons qu’il ne se trouva à SODOME ni cinquante, ni quarante, ni même dix justes, de quoi obtenir le quorum (miniane) pour célébrer un office public. S’il y en avait, ils ne se trouvaient pas à l’intérieur de la ville, n’ayant donc aucun moyen d’exercer leur influence sur place. C’est bien ce que de son côté voulait souligner le prophète JEREMIE lorsqu’il demanda à ses frères de sillonner les rues de JERUSALEM en se lamentant de n’y avoir trouvé personne « qui pratique la justice, recherche la loyauté » (JEREMIE V, 1) Certes, des hommes pieux et des serviteurs de D.ieu, il s’en trouvait alors dans JERUSALEM, puisque le roi DAVID a pu dire : « Ils ont donné le cadavre de tes serviteurs en pâture aux oiseaux du ciel, la chair de tes hommes pieux aux bêtes des champs. » (Psaumes LXIX, 2). Il y a donc bien des hommes pieux et des serviteurs de D.ieu. Malgré tout, JEREMIE se plaint de ne trouver personne pratiquant la justice. En fait, ils y en avait. Ils se cachaient dans leurs maisons et n’osaient se montrer dans les rues et sur les places tant les méchants leur voulaient du mal, incapables de remettre en cause et d’entendre les leçons de morale. De notre étude, on peut d’abord conclure qu’ABRAHAM, en véritable craignant de D.ieu était malgré tout en mesure de s’adresser aussi bien à ses contemporains qu’à D.ieu lui-même, pour faire prévaloir ses vues sur une justice équitable contre les méchants, tout en recherchant les moyens d’éviter le pire, s’ils se trouvaient parmi eux des justes ayant le courage de les réprimander avec le désir de prendre aussi leur défense auprès du Juge Suprême. Pareille attitude est encore à rechercher de nos jours, où la cause des Justes semble souvent bafouée par le mépris que leur portent les fauteurs de mal, sans foi ni loi. Le premier de nos patriarches est donc avant tout le symbole d’un homme épris de justice sans pour autant négliger ses devoirs à l’égard de ses semblables qu’il cherche à tout prix à sauver du désastre et de la destruction. C’est bien là encore le combat que s’efforcent de mener ceux qui se réclament de lui, à commencer le peuple d’ISRAËL.

HAPHTARA :

Comme toujours, il faut rechercher dans le texte de la paracha et celui de la Haphtara, un thème ou un point commun. Dans les lectures de cette semaine, nous sommes mis présence de miracles s’étant produits en faveur d’ABRAHAM aussi bien qu’en faveur d’une pauvre femme dénommée la SUNAMITE, grâce à l’intervention du prophète ELISEE, disciple du prophète ELIE. Pour ABRAHAM, nous savons combien il fut l’objet de faveurs émanant de D.ieu. Pour la femme dont parle notre Haphtara, l’on doit se souvenir, que n’ayant pas de quoi payer les créanciers de son défunt mari qui n’était autre que le prophète OBADIA, ELISEE demande qu’on remplisse tous les ustensiles disponibles à partir d’une seule cruche d’huile. C’est ce que fait la SUNAMITE, et elle peut ainsi avoir tellement d’huile à vendre qu’elle réussit à effacer la dette contractée. ABRAHAM aussi bien que la Sunamite avaient un trait commun : celui d’une confiance totale en D.ieu, signe du croyant authentique. C’était leur grand mérite pour lequel D.ieu en échange, les protégeait de tout mal. Il ne nous appartient pas de percer les mystères divins. Nous inspirant de tous les épisodes bibliques présentés, nous pouvons simplement y trouver matière à réflexion et nous inspirant des exemples présentés, rechercher à notre tour les moyens de renforcer notre Foi en la Providence divine.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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