Parasha Lekh le’ha 5767

Chabbath 4 novembre 2006 - 13 ‘HEHVANE 5767 - Début : 17 h 09 - Fin : 18 h 03
publié le mercredi 1er novembre 2006
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Lecture de la Torah : GENESE XII, 1 à XVII, 27 : L’alliance avec ABRAHAM.

HAPHTARA : ISAÏE XL, 27 à XLI, 16 : Election d’ISRAËL.


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Commentaires sur la Torah :

« Après ces faits (la bataille des rois), la parole du Seigneur se fit entendre à ABRAM, dans une vision, en ces termes : « Ne crains point, ABRAM, je suis un bouclier pour toi ; ta récompense sera très grande ! »

Les mots « Ne crains point » ont été adressés à chacun des trois patriarches, ABRAHAM, ISAAC et JACOB, dans des conditions spécifiques. Mais la situation du premier d’entre eux est particulière. Il a triomphé dans une guerre destinée à libérer son neveu LOTH, de rois qui l’avaient fait prisonnier. Ce triomphe vaut à ABRAHAM une bénédiction prononcée par MELCHISEDEC, roi de SALEM qui voudrait lui laisser tout le butin conquis sur les ennemis. Nous connaissons l’attitude généreuse et désintéressée de ce dernier par la réponse qu’il fit : « et je jure que, fût-ce un fil, fût-ce la courroie d’une sandale, je ne prendrai rien de ce qui est à toi ; que tu ne dises pas : C’est moi qui ai enrichi ABRAM ! » Rappelons ici que cette attitude est notamment souligné par le texte célèbre de la michna 19 du chapitre V des Pirké Aboth disant : « Celui qui possède les trois qualités suivantes est un disciple d’BRAHAM : la générosité, l’humilité et l’abnégation. »

Et c’est au moment où est ainsi relevée l’une des qualités de ce patriarche, que vient s’insérer le verset cité en introduction par lequel D.ieu vient le rassurer quant à son avenir. Nos Sages s’en sont étonnés. Quel était l’objet de la crainte d’ABRAHAM ? De qui avait-il peur ? Envers qui devait-il être protégé ?

A ces questions le Midrash dans BERECHITH RABBAH, chapitre 44, paragraphe 4, vient nous fournir trois réponses. Rabbi LEVI nous donne deux réponses et les réponses en apportent une autre. Selon Rabbi LEVI, notre patriarche craignait d’avoir tué un juste se trouvant dans le groupe qu’il avait mis à mort avec ses soldats. Nous notons ici qu’ABRAHAM, malgré lui, a dû utiliser des armes pour défendre une cause qui lui tenait à cœur, celle de libérer son neveu fait prisonnier pour s’être trouvé au milieu de deux groupes adverses. D. le rassure en lui disant qu’il avait nettoyé la terre d’impies en les comparant des chardons empêchant les bonnes herbes de pousser. Certes, de nos jours, un tel langage ferait frémir. Si le Midrash le cite, c’est uniquement pour souligner les scrupules du patriarche d’avoir éventuellement ôté la vie d’un juste se trouvant au milieu de méchants. C’est bien le même scrupule qui apparaîtra lorsque ABRAHAM plaidera auprès de D.ieu la cause des habitants de SODOME et GOMORRHE condamnés à disparaître pour leur immoralité. Là encore, rappelons les termes de son plaidoyer : « ABRAHAM s’avança et dit : Anéantirais-tu du même coup, l’innocent avec coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans cette ville : les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la contrée en faveur des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi d’agir ainsi, de frapper l’innocent avec le coupable, les traitant tous deux de même façon ! Loin de toi ! Celui qui juge toute la terre serait-il un juge inique ? »

Cette première explication de Rabbi LEVI cité par le Midrash ne lui suffisant pas. Il en apporte une seconde, à savoir qu’ABRAHAM craignait la vengeance de rois associés de ceux qu’il avait déjà combattu. C’est aussi pour cela que D.ieu le rassure en lui disant : « Ne crains point ».

Selon d’autres rabbins, ABRAHAM, s’adressant à D.ieu aurait dit : « J’ai survécu à la fournaise dans laquelle le roi NEMROD m’avait jeté, j’ai combattu et triomphé des rois, en conséquence j’ai déjà été récompensé en ce monde-ci, et je n’obtiendrai plus rien dans le monde à venir. » D.ieu lui aurait répondu : « Ne crains point, je suis un bouclier pour toi. Tout ce que j’ai fait pour toi jusqu’à présent ne compte pas, car ta véritable récompense t’est réservée pour le monde futur, grande sera ta récompense » ainsi qu’il est écrit : « Ah ! qu’elle est grande ta bonté, que tu tiens en réserve pour ceux qui Te révèrent ». (Psaumes XXXI, 20)

Selon la première réponse fournie aux questions que posait ABRAHAM, on peut dire qu’il a laissé parler la voix de sa conscience dans sa crainte d’avoir tué des innocents, ce qui exprime bien sa réelle personnalité. La seconde réponse correspond à la crainte qu’il éprouvait des conséquences de ses actes en risquant la vengeance de rois qui lui étaient hostiles. On conçoit aisément sa frayeur à laquelle D.ieu lui répond pour le rassurer. Ce même genre de frayeur fut plus tard exprimé par le patriarche JACOB lorsque ses fils SIMEON et LEVI mirent à mort tous les habitants de SICHEM, à la suite du déshonneur causé à leur sœur DINAH par le fils du gouverneur du pays. JACOB craignant une riposte s’en prit à ses fils en leur disant : « moi, je suis une poignée d’hommes, ils se réuniront contre moi et me frapperont.... » (Genèse XXXIV, 30)

La troisième réponse rapportée par le Midrash nous surprend davantage. Pourquoi ABRAHAM craignait-il par son geste d’avoir épuisé ses chances d’obtenir une récompense dans le monde futur ? Le Professeur Isaac HEINEMAN, spécialiste du Midrash, nous donne le commentaire suivant : « Le sens de la justice qui se trouve en l’Homme exige une adéquation entre ses actes et son destin, entre ce qu’il reçoit et ce qu’il donne. Il s’adresse au Juge de Vérité et demande pour quelle raison le Juste est dans le malheur alors que le Méchant semble être heureux. Ce que l’Homme donne à autrui, il le grossit comme une loupe grossissante et ce qu’il reçoit des autres lui semble insignifiant, à l’image d’une loupe donnant une image rétrécie. Mais le véritable Juste considère que ses actes représentent peu de choses tandis que les bienfaits et les miracles de D.ieu lui apparaissent comme de valeur très faible, à l’exemple du patriarche JACOB disant : « Je suis peu digne de toutes les faveurs et de toute la fidélité que tu as témoignées à ton serviteur.... » (Genèse XXXII, 11)

Avant lui déjà, ABRAHAM se considérait comme étant « cendre et poussière » (Genèse XVIII, 28) Il représente l’exemple même du Juste parfait, estimant que tous les bienfaits divins à son égard étaient semblables à la fleur des champs (ISAÏE XL, 6) qui disparaît rapidement. C’est pour cette raison qu’il tient à minimiser sa conduite lors des événements indiqués plus haut. Pour lui, rien ne justifie les récompenses qui pourraient lui être réservées dans le monde futur. ABRAHAM se considère donc indigne des bienfaits divins dont il pourrait être l’objet.

On peut donc estimer que le patriarche avait des scrupules d’ordre moral craignant d’avoir causé un dommage à l’un de ses semblables, des craintes d’ordre politique en pensant aux réactions que pourrait susciter son intervention militaire, et enfin, il craignait d’avoir mal agi de sorte qu’il ne s’estimait pas digne de la confiance que lui témoignait son Créateur. A tous les scrupules qu’il peut éprouver en raison de son attitude, RACHI, modifiant quelque peu le texte du Midrash déjà cité, semble dire que D.ieu voulant rassurer ABRAHAM, lui dit en quelques sortes : « tu ne subiras aucune peine pour le sang que tu as versé. »

Toutefois, il ne faudrait pas déduire de tout cela une quelconque absolution d’ABRAHAM pour le sang versé lié au combat qu’il a mené. Pareille idée est totalement étrangère à l’esprit du Judaïsme, bien que dans certains cas, l’on pourrait admettre le principe de guerre préventive ou de légitime défense, ce qui est hélas le cas de nos jours, notamment dans les initiatives que doit journellement prendre l’Etat d’ISRAËL pour assurer sa sécurité et celle de ses citoyens.

L’idée de guerre est malgré tout combattue par la Bible. L’exemple le plus illustre est celui du roi DAVID à qui D.ieu interdit de construire le Temple, selon le passage suivant : « DAVID dit donc à SALOMON : « Mon fils, c’était mon désir à moi d’édifier une maison au nom de l’Eternel, mon D.ieu. Mais la parole divine s’adressa à moi en ces termes : Tu as versé beaucoup de sang e fait de grandes guerres ; ce n’est donc pas à toi à élever une maison en mon honneur, car tu as fait couler beaucoup de sang devant moi sur la terre. » (I CHRONIQUES XXII, 7 à 9)

De notre étude hebdomadaire nous pouvons malgré tout conclure qu’ABRAHAM s’est comporté comme un homme scrupuleux, contraint de faire la guerre de sorte qu’il se sent coupable d’avoir causé mort d’hommes. Sa conscience ne le laisse pas en paix, et il va jusqu’à imaginer d’être damné à jamais. C’est pourquoi vient le rassurer en lui disant : « Ne crains point ». Cette parole apaisante s’adresse également à tous ses descendants, tout en laissant entendre que nulle action violente telle que nous en observons constamment, ne saurait être admise, si nous tenons à éprouver autant de remords qu’ABRAHAM, père de tous les croyants monothéistes.

HAPHTARA :

Notre lecture de la Haphtara est extraite d’un passage du prophète ISAÏE. Il semble y opposer à la clairvoyance de l’ancêtre JACOB (petit-fils d’ABRAHAM)l’aveuglement de ses descendants dans leur exil : « Pourquoi dis-tu, ô JACOB, t’écries-tu ô ISRAËL : Ma voie est inconnue à l’Eternel, mon droit échappe à mon D.ieu ? » (ISAÏE XL, 27) ans la suite de ce texte nous prenons connaissance de la puissance et de l’immutabilité divine à laquelle aucune force temporelle ne saurait résister.

ISRAËL pourra être sauvé par le mérite d’ABRAHAM car celui-ci a su comprendre le sens de l’Amour pour D.ieu. par les actes qu’il a su réaliser. Comme nous l’apprenons en relisant la Bible, ce patriarche n’avait émis aucune objection lorsque D.ieu lui intima l’ordre de quitter son pays et sa patrie pour se diriger vers une destination inconnue. Sa seule devise était alors : amour pour autrui et amour de la justice. L’exemple le plus frappant étant le plaidoyer qu’il adressa à D.ieu en faveur des gens de SODOME et GOMMORHE condamnés à disparaître en raison de leur immoralité et qu’ABRAHAM tenta malgré tout de sauver. C’est à partir de cet exemple que RADAK considère que tous ceux qui s’inspireront de l’attitude généreuse et désintéressée d’ABRAHAM mériteront comme lui d’être bien traités et récompensés par D.ieu.

« Ne crains pas, je viens à ton secours. Ne crains rien, vermisseau de JACOB, faible reste d’ISRAËL ! C’est moi qui te prête secours, dit l’Eternel,le Saint d’ISRAËL est ton libérateur. (verset 4). Notre prophète veut nous donner comme leçon le fait que si nous nous appliquons à imiter ABRAHAM en pratiquant comme lui la charité et la justice - TSEDEK ou MICHPAT, nous finirons par accélérer l’avènement du MESSIE. Lorsque nous aurons balayé l’iniquité et la perversité, nous nous réjouirons en l’Eternel et nous serons glorifiés par le Saint d’ISRAËL. ( verset 16).



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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