Dachau, trente ans après ...

Poème en hommage aux victimes de la Shoah
publié le mercredi 1er novembre 2006
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A l’occasion du voyage organisé par la Communauté début novembre à AUSHWITZ BIRKENAU, j’ai pensé que le poème ci-dessous était d’actualité. Voici donc un en nième mais cependant encore insuffisant hommage à tous ces hommes sans sépulture, à toutes ces âmes effarées par une disparition prématurée, brutale et cruelle qui encore aujourd’hui réclament de nous tous la justice. Parler d’eux, n’est-ce pas les faire revivre un peu ? Un autre bien modeste, mais non moins sincère tout petit bout de chemin vers eux - et vers l’Homme (Mensch - Adam), que nous espérons pour demain - est ainsi accompli. Mais que les gens qui ont connu la déportation et subi ces atrocités me pardonnent d’oser parler de quelque chose que je n’ai pas connu. Cependant, c’est un sujet qui m’a si profondément touchée à l’époque et qui me touche encore qu’il fallait que j’en parle. C’est un hommage venu du fond du coeur que j’ai voulu leur rendre.

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En ce temps à Munich "au pair" en Bavière,
Bien que timide, j’étais alors très fière
De ce que là-bas "ma liberté" j’appelais
Et plus belle leçon je ne reçus jamais.

En cet anniversaire, jeune encor j’étais.
En arrivant là-bas, insouciante et gaie
Entre les cinq enfants et les parents, sérieux,
La mine recueillie. Nous, nous étions heureux.

Pourtant, très profond en moi sont restés gravés
Ces douloureux moments. J’en fus bouleversée.
Toute ma vie j’y repensais, de temps en temps.
Ineffable souvenir, comme hors du temps.

Inoubliable, il le fut. Je le fis mien.
Une baraque. Témoin muet. Là, combien
Résonnaient encore les pleurs, les gémissements
Et des gardiens sans coeur les cris, les hurlements.

Tout imprégné encor était l’air de là-bas,
De l’indicible souffrance de ces temps-là :
Coups de bottes, coups de crosse, dans les larmes.
Ces baraques témoignent de tant de drames.

Pris au dépourvu chez eux ou bien dans la rue,
Dans ces camps, bien qu’étant le corps et l’âme nus,
Qu’avec ventre creux et haine on les voulait
Animaux sauvages, on les annihilait,

Mais bêtes point n’étaient, malgré leur apparence,
Comme leurs bourreaux voulaient tant qu’on le pense
Et aucun mauvais traitement, si long fût-il,
Ne les y réduisit. Tous furent inutiles :

Transportés. Parqués. Fusillés. Gazés. Brûlés.
Dans leur monde de malheur, dans la dignité
Enfants, femmes et hommes comme fleurs fanaient
"D’in-amour", de mal être toujours, s’éteignaient.

Lentement ces vies-là se libéraient sans bruit ...
S’envolaient alors abandon, tristesse, vie ...
Heures ... jours ... semaines ... mois ... de tous oubliés ...
Corps et âmes meurtris. Bleus à l’humanité.

Sensible’ Anne. Vive et pétillante ado,
J’avais lu son journal quelques années plus tôt.
Elle incarnait joie, vie, humour. Mais elle aussi
Fut assassinée : désespoir ... puis maladie ...

Qu’on ne dise pas que ces gens-là ont péri
Comme moutons à l’abattoir, vision ternie !
Tant d’entre eux, jeunes et vieux, là et au ghetto,
Morts en héros, défendaient vie et idéaux !

Cependant, qui eût jamais bien pu croire
Que des hommes pussent se faire une gloire
D’exterminer ainsi leurs semblables, au nom
De frustrations, d’envies, par pure déraison.

Pourtant ces hommes-là n’ont pas en vain péri.
Leur souvenir reste présent, même pour qui
N’a pas connu ces temps honnis de l’histoire,
Même si certains voudraient ne plus le savoir

Pour mieux, à la prochaine occasion, recommencer
Sous d’autres formes, plus nouvelles, plus variées ...
Mais après trente ans, soixante ans même ils sont
Toujours aussi vivants en nous tous qui avons

L’amour des hommes, nos semblables. Nous voilà
Plus nombreux et plus forts que tous ces scélérats
Qui veulent d’un peuple l’entière destruction.
Mais jamais, je le sais, ceux-ci n’y parviendront !

M. Mauvy



David Levy
webmaster




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