Parasha Noah 5767

Chabbath 28 octobre 2006 - 6 ‘Hechvane 5767 è Début : 18 h 21 - Fin : 19 h 23
publié le mercredi 25 octobre 2006
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Lecture de la Torah : GENESE VI, 9 - XI, fin : De NOE à ABRAHAM ; le déluge ; les nations ; la tour de Babel. Haphtara : ISAÏE LIV, 1 - LV, 5. Sefardim : LIV, 1 - 10 : L’alliance de D.ieu avec Israël ne sera pas ébranlée.

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Commentaires sur la Torah :

« Ceci est l’histoire de NOE. - NOE fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains ; il se conduisit selon D.ieu. (Genèse VI, 9).

Le Midrach s’étonne de cette mention biblique et pose la question suivante : pour quelle raison nous en fait-on la répétition, puisque ceci a déjà été indiqué à la fin de la paracha précédente où nous lisons ceci : « NOE, étant âgé de cinq cents ans, engendra SEM, puis CHAM et JAPHET. » ? (Genèse V, 28). Puisque le début de la paracha nous parle de l’arche destinée à abriter quelques spécimen humains et animaux avant que le déluge ne vienne anéantir toute l’humanité, il eût été plus simple de rappeler au passage l’existence de NOE, personnage central de cet épisode, choisi par D.ieu pour survivre au désastre.

Se fondant sur le texte suivant disant : « Une bourrasque a passé, et le méchant n’est plus ; mais le juste est fondé pour l’éternité. » (Proverbes X, 2), le Midrach précise que ce passage biblique est bien en rapport avec l’histoire du déluge et que la mention du « juste » s’applique effectivement à NOE.

Le Juste dont il est question ici est donc NOE, personnage central de notre lecture hebdomadaire. Si nous lisons attentivement ce verset des Proverbes du Roi SALOMON, nous pouvons en déduire que généralement les méchants cherchent à dominer le monde, à détenir le pouvoir par la force, faisant usage de leur pouvoir d’intimidation, créant sans cesse des troubles ou les suscitant, de sorte que les gens paisibles, les braves gens, se sentent tellement menacés dans leur train-train quotidien, qu’ils seraient prêts à s’en remettre à qui voudrait les délivrer de leurs angoisses. Pareille situation se présente généralement à l’approche d’une échéance électorale où l’on veut confier son destin et celui de la nation à laquelle on appartient à celui où celle qui saura le mieux vous présenter une ambiance de catastrophe assortie de promesses d’y porter remède, ce genre d’engagement ne pouvant convenir qu’à ceux qui les entendent et non à ceux qui les promettent.

Notre société connaît bien ce genre de réactions. A chacun de savoir en tirer les conséquences qu’il jugera les plus opportunes et les plus adaptées à une démocratie digne de ce nom. Cette digression liée au verset cité ne doit pas nous faire oublier combien le monde était en péril au moment où se déroule l’histoire de NOE : violences, meurtres, corruption, vols, viols, autant de méfaits alors courants et que connaît malheureusement encore notre société.

Par son texte, le Roi SALOMON auteur supposé des Proverbes, a voulu attirer notre attention en faveur des braves gens, des gens honnêtes, de ceux qui subissent le mal infligé par les méchants, les fourbes. Il semble leur dire : « Sachez, que dans la tempête que semble lancer le méchant, il finira par se fracasser. En fin de compte, il sera victime de ses propres intrigues. Par contre, le JUSTE restera toujours ferme dans ses convictions et sera attaché à ses positions. Il constitue le fondement de l’univers.

La Torah en nous relatant la naissance des enfants de NOE, en nous racontant comment celui-ci fit entrer les membres de sa famille et toutes les espèces animales dans l’arche qu’il avait mis 120 ans à construire, veut nous montrer qu’un JUSTE, une personne isolée, avec sa foi et son courage, peut sauver un univers tout entier. Si retreint et si faible que puisse être le nombre de ceux qui se battent pour une cause noble, non entachée de perversion et de cruauté comme à l’époque des contemporains de NOE, l’avenir et le bonheur de l’humanité peut malgré tout être assuré par ces justes. On en a eu des exemples lors de la sombre période de la SHOAH. En effet, un petit nombre d’hommes et de femmes de toutes conditions sociales et de toutes croyances religieuses, n’écoutant que leur courage ont osé, malgré les dangers encourus pour leur propre existence et celle de leurs proches, s’élever contre les ennemis en protégeant des juifs pourchassés. Ils leur ont sauvé la vie, méritant ainsi le titre de Justes des Nations. Ce titre n’est accordé par l’Institut YAD VACHEM en ISRAËL qu’à ceux et à celles dont on a la preuve par témoignages, de leur acte de courage. Sur la médaille remise aux bénéficiaires qui ont su se distinguer, se trouve inscrite une phrase tirée du Talmud Sanhedrin, chapitre IV, michna 3, disant : « Qui sauve une vie humaine, sauve un univers tout entier. »

Il est vrai, que nous avons parfois de quoi désespérer, quand on croit pouvoir constater que « le juste vit dans le malheur et le méchant connaît le bonheur » (Talmud Bera’hoth 7 b). Toutefois, si nous nous référons au texte des Proverbes cité plus haut, il faut admettre que pareille situation ne durera pas toujours et le juste quel qu’il soit, proche de nous ou inconnu, finira par triompher du méchant. Il s’agit là pour nous d’une croyance fondamentale.

En disant : « Une bourrasque a passé », le roi SALOMON veut préciser que tel sera le sort réservé au méchant. Il ne pourra sévir que durant un temps limité. Par contre, pour ce qui est du juste, il se sert de l’expression YESSOD OLAM - fondé pour l’éternité ». Le temps accordé au juste est en effet fixé pour l’éternel, sans limitation. Une tempête, si forte soit-elle, finit par s’arrêter, tandis que durant son passage dévastateur, le juste s’était provisoirement mis à l’abri. Si toutefois il n’avait pu réussir à se protéger physiquement, il pouvait espérer une continuité spirituelle à son action, grâce à ses descendants tenant à poursuivre son œuvre, que la Torah qualifie de « TOLEDOTH - ce qui vient ultérieurement. »

Nous pouvons en comprendre la signification à partir du passage de KOHELETH (Ecclésiaste), chapitre VII, verset 8 disant : « La fin d’une entreprise est préférable à son début ; un caractère endurant l’emporte sur un caractère hautain. » Par conséquent, ce qui compte, c’est le but à atteindre, s’il est noble et digne, dépourvu de toute méchanceté ou fourberie.

Dans le cas de NOE, ce qui était important, c’était son comportement de juste, nullement influencé par son environnement pourtant corrompu. Son grand tort, qu souligne le Midrach, c’est de n’avoir pas cherché à influencer et à modifier la conduite immorale de ses contemporains. Sa grande qualité fut toutefois de « marcher avec D.ieu - ETH HAELOKIM HITHALEKH NOA’H » (Genèse VI, 9)

Il nous reste une dernière remarque à formuler à propos de NOE. Après le déluge, alors que tout était anéanti et détruit, il eût le courage d’entreprendre la reconstruction du monde, aidé en cela par sa famille. Sa foi en D.ieu pouvait à coup-sûr le soutenir. Il y aurait là une comparaison à faire avec la situation qu’a connue notre peuple, après les tragiques événements de la SHOAH qui a causé la perte d’un tiers de notre peuple. Au lendemain de la guerre, nous étions peu nombreux et malgré cela, notre communauté s’est reconstruite, des synagogues et des écoles ont été créées, les Yechivoth se multiplient, donnant ainsi l’image d’une forte conviction dans le destin inébranlable du peuple juif, malgré les menaces de tous ordres dont il reste l’objet.

HAPHTARA :

Celle-ci se rattache à notre paracha par le passage suivant : « certes, je ferai en cela comme pour les eaux de NOE : de même que j’ai juré que le déluge de NOE ne désolerait plus la terre, ainsi je jure de ne plus m’irriter ni diriger des menaces contre toi. (ISAÏE LIV, 9)

En effet, pour conclure Son alliance avec Son peuple, D.ieu évoque la première d’entre elles, conclue avec l’humanité renaissante. Nos Sages considèrent cela comme une preuve du pardon définitif, car l’exil fut pour ISRAËL ce que fut le déluge pour l’humanité. (RADAK). Ce que veut annoncer ISAÏE, c’est une alliance faisant suite à celle contractée par les ancêtres, c’est-à-dire NOE et ses fils, et qui sera plus durable que la Nature, alors que par définition, celle-ci nous paraît immuable. « Que les montagnes chancellent, que les collines s’ébranlent, ma tendresse pour toi ne chancellera pas, ni mon alliance de paix ne sera ébranlée, dit Celui qui t’aime, l’Eternel ! « (ISAÏE LIV, 9.

Nous noterons avec intérêt que le caractère définitif de la renaissance ne doit pas être mis en cause, la promesse en ayant été faite à ISRAËL qu’il n’aurait désormais plus rien à craindre. Pensons à cet égard aux menaces incessantes et aux rodomontades de l’actuel président de l’IRAN. Ce pays fut autrefois le berceau talmudique du peuple juif et durant des millénaires comprit une importante communauté juive. Pour nous rassurer, songeons alors à ce verset de notre Haphtara : « Si on se mettait contre toi, ce serait sans mon accord ; quiconque se mettra contre toi succombera sur ton sol. » (ISAÏE LIV, 15). La résonance de ce texte nous fait également penser aux nombreuses guerres et attaques-suicidaires menées depuis plus demi-siècle contre l’Etat d’Israël, ses habitants et ses intérêts économiques par des ennemis implacables ayant juré sa perte. Aussi, le prophète vient-il nous donner un message d’espoir et de consolation.

Ce faisant, il nous parle de l’idée messianique à laquelle nous sommes tellement attachés. Un jour viendra où ISRAËL finira par être intouchable, inattaquable. Contrairement à ce que l’on croit généralement, il ne s’agit pas pour lui de bénéficier seulement d’une une protection liée à des armements sophistiqués, mais aussi de celle que nous offre sans cesse la Providence divine.

Soyons donc convaincus que c’est en définitive D.ieu seul qui saura faire triompher la justice, celle-ci ne pouvant souffrir d’aucune forme de déni. Le prophète poursuit en disant : « Tout instrument forgé contre toi sera impuissant, toute langue qui se dressera contre toi pour t’accuser, toi, l’infortunée d’hier, la pauvre victime battue par la tempête des nations inassouvie, sera convaincue d’injustice. » (ISAÏE LIV, 17)

Si l’on veut se donner la peine d’étudier et de comprendre ce message, on se rendra compte que le prophète vient nous annoncer que le mépris des peuples sera un jour changé en respect. Tous finiront bien par reconnaître la vérité pure et éternelle, celle de la parole divine qu’à travers son engagement pour la TORAH, le peuple juif s’est toujours fait le gardien et le défenseur.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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