Automne 2006 : des nouvelles de la communauté juive d’Iran

publié le mercredi 25 octobre 2006
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D’après l’article de Larry Derfner publié le 28 septembre 2006 dans le Jerusalem Post

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Dans la ville de Shiraz, où résident un quart des 25 000 Juifs d’Iran, un magasin appartenant à un membre de la communauté a été incendié voilà quelques semaines. Par ailleurs, au cours des derniers mois, une étoile de David a été dessinée à même le sol sur le seuil de la grande synagogue de Téhéran et à l’entrée de l’une des universités de la ville, pour obliger tous ceux qui se rendent dans ces édifices à fouler au pied le symbole de l’Etat d’Israël. Un enseignant juif qui tentait de pénétrer dans le bâtiment de l’université en contournant l’étoile a été limogé.

Depuis l’accession de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne, voilà quatorze mois, la télévision diffuse sans cesse des séquences particulièrement évocatrices des attaques israéliennes en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et au Liban. Ce type de propagande anti-israélienne est beaucoup plus accentué qu’auparavant, souligne "Kamran", un Juif d’origine iranienne qui est en contact avec des dizaines de coreligionnaires ayant quitté l’Iran depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad.

Cependant, malgré la multiplication des incidents alarmants comme ceux évoqués ci-dessus, malgré les propos d’Ahmadinejad niant l’existence de la Shoa et menaçant de "rayer Israël de la carte", Kamran affirme que les Juifs ayant récemment quitté l’Iran - qui se sont entretenus avec lui alors qu’ils se trouvaient déjà en sécurité, à l’extérieur du pays - ne citent pas le président ou de nouvelles formes de persécution dirigées contre la communauté parmi les raisons de leur départ.

"Les Juifs iraniens n’ont pas une grande conscience de la Shoa"

"Malheureusement, [les incidents antisémites et la rhétorique d’Ahmadinejad] ne semblent pas avoir d’effet sur les Juifs vivant là-bas, ni les inquiéter", déclare Kamran. "Ils restent tranquillement en Iran, trop tranquillement."

Même l’exposition de caricatures de la Shoa, récemment organisée à Téhéran, qui a suscité une vive indignation dans le monde occidental, n’a pas été évoquée par les Juifs ayant récemment émigré. Apparemment, elle n’a guère eu d’effet sur les habitants juifs du pays dans leur ensemble, indique "Shahnaz", une autre Juive d’origine iranienne, qui est, elle aussi, en contact avec de nombreux coreligionnaires ayant émigré depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad.

"Les Juifs iraniens n’ont pas une grande conscience de la Shoa", déclare Shahnaz. "Ils n’ont pas grandi avec ces terribles récits, ce n’est pas une tragédie qui les touche personnellement, ni un événement qui occupe une grande place dans leur esprit, en tout pas chez les jeunes (...) Bien que les Juifs iraniens aiment Israël dans leur cœur, ce qu’Ahmadinejad raconte sur ce pays ne les dérange pas vraiment."

Les entretiens téléphoniques menés avec Kamran, Shahnaz et d’autres Juifs originaires d’Iran, donnent le sentiment que cette communauté vieille de plus de 2000 ans s’est tellement enfoncée dans le déni depuis la révolution islamique de 1979 et a si bien appris à marcher entre les gouttes, que ses membres croient pouvoir continuer à manœuvrer, même sous le régime d’Ahmadinejad, qui a un peu détérioré leur situation mais qui en définitive ne l’a pas vraiment modifiée.

En fait, si l’on excepte les quelques incidents antisémites et antisionistes relatés ci-dessus, la vie des Juifs iraniens ne s’est pas substantiellement dégradée depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président, même si les observateurs extérieurs estiment que sa haine obsessionnelle d’Israël et son déni de la Shoa ont suscité une certaine panique au sein de la communauté, comme si l’étau se resserrait autour d’elle.

Shahnaz fait même état de signes économiques indiquant que les Juifs iraniens, ou plus précisément ceux d’âge moyen et élevé, envisagent avec plus de détermination de finir leurs jours en Iran, peut-être en raison de la croissance économique provoquée par l’envolée des prix du pétrole.

"Dans le passé, les Juifs ne dépensaient pas d’argent pour acheter une nouvelle voiture, par exemple, parce qu’ils se disaient qu’ils allaient quitter le pays. Mais aujourd’hui ils investissent, ils achètent des appartements, des voitures, des articles de luxe", explique Shahnaz.

"Ahmadinejad n’a pour le moment rien fait aux Juifs. Malgré tout ce qu’il a déclaré dans les médias sur la Shoa et Israël, les membres de la communauté ne ressentent pas la moindre pression et la plupart des adultes souhaitent rester en Iran. Ce sont les jeunes qui veulent partir", souligne-t-elle en guise de conclusion.

Les Juifs vivant en Israël et dans les pays occidentaux ont peine à comprendre l’attitude de leurs frères iraniens, qui choisissent d’ignorer les humiliations que le régime islamique leur fait subir. L’entretien téléphonique que j’ai eu avec "Farjad", qui a quitté l’Iran seul, voilà une dizaine d’années, alors qu’il était étudiant, peu avant son incorporation dans les rangs de l’armée, illustre parfaitement cette aptitude à faire abstraction de tels désagréments.

Farjad ne se fait aucune illusion sur l’Iran ou sur Ahmadinejad et il craint que la situation des Juifs vivant dans ce pays ne se détériore beaucoup. Et pourtant, lorsque nous l’avons pressé de nous raconter des incidents antisémites qu’il avait personnellement vécus, il ne s’est d’abord souvenu que d’un seul épisode, celui du rejet de sa demande d’inscription par un islamiste radical qui dirigeait un lycée. C’est seulement vers la fin de cette interview de près d’une heure, que Farjad s’est souvenu des assemblées qui se tenaient le matin dans cette école (où il avait finalement été admis après que l’unique parlementaire juif du pays eût intercédé en sa faveur).

Il m’a décrit ces réunions qui se tenaient au début de la journée de classe, comme s’il ne s’agissait que d’un mauvais moment à passer chaque matin, quelque chose qu’il avait appris à surmonter. Pour moi, cela ressemblait à une scène tirée de "1984".

"Tous les étudiants étaient alignés et le directeur spirituel de l’école nous lisait des passages du Coran. Il tenait des propos enflammés contre les "Sionistes" et racontait d’autres sornettes. A un moment donné, les élèves se mettaient à scander des slogans, et moi avec eux. Ils criaient "mort à Israël" et je criais avec eux, alors que bien entendu, je n’en pensais pas un mot.

Les Juifs aiment Israël dans leur cœur mais ils ne peuvent pas le montrer. Vous devez être dans le groupe, vous ne pouvez pas être à l’écart. Il y avait des élèves qui n’adhéraient pas vraiment à ces idées extrémistes et d’autres qui partageaient ces vues. Pour ma part, je m’efforçais toujours d’adopter une attitude qui me fasse accepter par tout le monde."

Cela se passait au milieu des années 90. Il est vrai que la menace d’Ahmadinejad de "rayer Israël de la carte" a déjà été émise de diverses manières et à différentes reprises pas d’autres leaders iraniens, à commencer par l’ayatollah Ruhollah Khomeiny en 1979. La seule nouveauté c’est que dans quelques années, les menaces proférées par Ahmadinejad seront étayées par la puissance nucléaire dont il disposera. Mais alors que cet armement fait de lui un sérieux danger pour le monde extérieur, il ne représente pas pour les Juifs d’Iran, un risque plus grave que la plupart des autres leaders qu’ils ont connus.

Les Juifs iraniens soulignent pour s’expliquer que leur communauté est la seconde en taille du Proche-Orient, après Israël, et font valoir que le niveau des manifestations de haine antisémite ouverte - comme les attaques contre des personnes ou des biens juifs - est bien plus bas en Iran que dans les pays d’Europe et de l’ex-Union soviétique.

Alors que de nombreux observateurs extérieurs, parmi lesquels d’anciens Juifs iraniens, considèrent que la situation de la communauté iranienne ressemble fort à celle du judaïsme européen au début de l’ère nazie, les leaders juifs locaux rejettent ce genre de comparaison. Ils font remarquer que lorsque Ahmadinejad a tenu des propos niant la la Shoa, des leaders de la communauté se sont sentis suffisamment sûrs d’eux pour lui envoyer une lettre de protestation au début de l’année.

"Quand notre président a parlé de l’Holocauste, j’ai considéré qu’il était de mon devoir, en tant que Juif, d’évoquer cette question", a déclaré voilà deux mois au "Guardian" de Londres Maurice Motamed, qui occupe le seul siège réservé à un représentant de la communauté juive au sein du parlement ou Majlis, qui compte 290 membres.

"J’ai dit que ces remarques étaient très insultantes pour l’ensemble de la société juive en Iran et dans le monde entier." M. Motamed fait par ailleurs remarquer qu’une loi adoptée voilà trois ans par le parlement iranien interdit désormais aux juges d’exercer une discrimination à l’égard des plaignants juifs dans l’octroi de dédommagements. Il voit dans l’introduction de cette législation un signe de progrès et, compte tenu de la situation, il a raison.

Selon l’accord qui les lie au gouvernement de la république islamique, les Juifs iraniens jouissent d’une large liberté religieuse, aussi longtemps qu’ils soutiennent la politique du régime et notamment son attitude anti-israélienne.

"Cet arrangement, qui établit une distinction claire entre l’identité juive et le sionisme, a été imaginé par la communauté. Ses dirigeants l’ont proposé au régime de Khomeiny après la révolution", explique David Menasheri, qui a quitté l’Iran avant la révolution et dirige maintenant le Centre d’études iraniennes de l’Université de Tel-Aviv.

C’est ainsi par exemple que Motamed aurait participé en Iran, trois mois après l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad, à la "Journée de Jérusalem", un meeting pro-palestinien. Il aurait déclaré à la foule : "Les vrais Juifs, en harmonie avec certains musulmans, poursuivent leur guerre contre les sionistes et contre les crimes israéliens. Les Palestiniens opprimés qui vivent sous occupation doivent sentir qu’ils sont soutenus par les croyants de toutes les confessions."

En ce qui concerne la pratique religieuse, il existe une vingtaine de synagogues en activité dans la seule ville de Téhéran. Il y a aussi de nombreuses écoles juives, mais ces établissements ne sont pas autorisés à fermer le shabbat et enseignent de manière académique l’histoire du judaïsme et du peuple juif, plutôt que la religion juive.

"On étudie très peu la Tora, car ce serait considéré par le gouvernement comme une forme de ’propagande’ ", explique Shahnaz. Ces écoles ne ressemblent pas à des yeshivot [écoles talmudiques], on n’y apprend pas la Halacha [loi religieuse juive]", souligne Farjad, qui a fréquenté une école primaire juive en Iran. Il fait cependant remarquer que le régime respecte l’observance du judaïsme. "Lorsque mon frère a été incorporé dans l’armée, il a reçu une affectation proche de la maison et a obtenu l’autorisation de rentrer tous les soirs et de passer la nuit chez lui pour pouvoir manger des repas casher", raconte-t-il. Des limites très claires sont pourtant mises à l’activité des Juifs iraniens. Les jeunes Juifs qui doivent effectuer un service militaire de 18 mois, comme tous les garçons iraniens, ne peuvent pas devenir des militaires de carrière (ce qu’ils ne déplorent probablement pas trop). Ils ne peuvent pas non plus accéder à des postes "sensibles" liés à la sécurité ou à la vie nationale. Les médias, le droit, l’éducation et les autres domaines "littéraires" ayant été complètement islamisés, les Juifs entrant dans la vie professionnelle préfèrent s’orienter vers des activités scientifiques neutres, telles la médecine ou l’ingénierie. Mais, comme avant la révolution, la grande majorité d’entre eux se lancent dans les affaires, et notamment dans le commerce des textiles et de l’or.

[...] les 25 000 Juifs vivant encore en Iran semblent, vu de loin en tout cas, flirter avec le désastre.

Craignant d’être surveillés, ils n’évoquent aucun sujet lié à la politique lorsque des proches ou des amis les contactent par téléphone ou par e-mail. (Ils peuvent recevoir des appels et du courrier électronique d’Israël, mais ne peuvent pas en émettre, car l’Iran n’a pas établi les liaisons nécessaires.) Pourtant, les émigrants juifs d’Iran n’ont que de bonnes choses à dire sur le peuple iranien en général et ils limitent leurs accusations d’antisémitisme au gouvernement islamique et à ses supporters.

"Les persécutions sont plutôt le fait du gouvernement que du peuple", explique Kamran. "Les Juifs se sentent à l’aise et en sécurité parmi les autres Iraniens. Ils vivent bien ensemble et n’ont pas de griefs les uns contre les autres."

Il n’y a pas de ghettos ou de quartiers juifs. Les Juifs vivent parmi les musulmans : "Nos voisins [musulmans] nous aimaient vraiment bien", se rappelle Farjad. Mais même si, en règle générale, l’écrasante majorité de la population chiite cohabite sans problème avec les Juifs, il existe des exceptions et les Juifs iraniens prennent des précautions pour ne pas s’exposer à leur hostilité. "Nous ne portions des kippot qu’à la synagogue, pas dans la rue, de crainte de nous heurter à des extrémistes, à l’extérieur", explique Farjad. Sur une population iranienne totale de 69 millions de personnes, on dénombre 14 000 Juifs à Téhéran, 6000 à 7000 à Shiraz et 2000 à Ispahan. Les 2000 restants se répartissent entre les cités de Kerman, Kashan, Yazd et Hamadan. "C’est à Téhéran que les Juifs se sentent les plus libres ; c’est une ville cosmopolite où résident la plupart des intellectuels et on ne s’y heurte guère à l’antisémitisme", souligne Shahnaz. Mais il y a évidement des exceptions à cette règle. "Même dans les villes, la vie des Juifs dépend de leurs voisins. Il peut s’agir d’intellectuels ou de primitifs", ajoute-t-elle. Et dans les villages où la population musulmane est généralement pauvre, peu éduquée et arriérée sur le plan religieux, la suspicion et la haine des Juifs sont très communes, précise encore Shahnaz.

Ayant grandi dans une petite ville et non dans une grande cité, elle a fréquenté une école chrétienne puis un établissement musulman, et même si elle a eu des amies non-juives, elle ne peut s’empêcher d’évoquer ses années de classe avec ironie : "A l’école chrétienne, [certaines filles affirmaient que] j’avais tué le Christ et à l’école musulmane, certaines s’abstenaient de boire à la même fontaine que moi. Pour les chiites fondamentalistes, tout ce qu’un Juif touche devient impur."

Pour remettre les choses en perspective, il faut souligner que les Juifs ne sont pas les seuls à faire de la corde raide en Iran. C’est aussi le cas des zoroastriens, des chrétiens et de diverses autres minorités, mais les plus mal lotis sont les Bahaïs, qui ont subi de terribles persécutions avant même l’arrivée au pouvoir des islamistes. M. Menasheri fait remarquer que le nombre des Juifs exécutés pendant la révolution de 1979 s’est élevé à 12, parmi lesquels le leader de la communauté Habib el-Kanayan, accusé d’espionnage au profit d’Israël, alors que plus de 200 Bahaïs auraient été assassinés.

Le meilleur ami que les Juifs iraniens, les autres minorités et les chiites réformistes aient eu depuis la révolution a été le prédécesseur d’Ahmadinejad, Mohamed Khatami. "Khatami est un homme très cultivé", souligne Shahnaz. "Il a un doctorat et parle sept ou huit langues. La situation des Juifs était florissante sous sa présidence (1997-2005). L’un de ses meilleurs amis d’enfance était un rabbin très en vue. Il effectuait souvent des visites dans des synagogues. Il a donné plus de liberté non seulement aux Juifs mais aussi aux jeunes Iraniens qui souhaitent une société plus ouverte. Mais son libéralisme s’est retourné contre lui et a conduit le leadership radical - les Gardes de Révolution, les mollahs - à lui retirer de nombreux pouvoirs".

Farjad se souvient qu’à l’époque, il avait voté pour Khatami - en Iran on obtient le droit de vote à 15 ans. Il affirme lui aussi que l’ancien président "n’a rien d’un antisémite". (Dans le système politique iranien, le président et le parlement sont élus au suffrage universel par l’ensemble des citoyens, y compris les Juifs et les membres des autres minorités, mais ils sont soumis à l’autorité du "leader suprême", le Grand Ayatollah, désigné à vie par un conseil de "Sages" de l’Islam. C’est pourquoi le président Ahmadinejad ne peut rien faire sans l’accord du leader suprême, l’extrémiste Ali Khamenei.)

A la veille de la révolution, il y avait quelque 100 000 Juifs en Iran. Depuis lors les trois-quarts d’entre eux ont quitté le pays. Et comme les parents s’efforcent d’envoyer leurs enfants à l’étranger, soit avant leur service militaire et leurs études supérieures, soit tout de suite après, la communauté juive iranienne continue de s’affaiblir. Tous ceux qui sont vraiment résolus à émigrer peuvent le faire, mais tout le monde n’est pas vraiment déterminé à partir. Il n’est pas facile de quitter son pays natal pour s’installer ailleurs, surtout pour ceux qui ont de vieux parents et ne sont pas très riches. Farjad raconte que ses parents et lui envisageaient de quitter l’Iran en famille, avec son jeune frère et sa jeune sœur, mais que quelque chose venait toujours se mettre en travers de leurs plans. "L’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de partir seul, c’était pour forcer mes parents à me suivre, pour les mettre devant le fait accompli", explique-t-il. Mais ses parents, âgés maintenant d’une soixantaine d’années et se trouvant dans une situation financière difficile, hésitent à franchir le pas, ce qui "compromet les possibilités de départ de mes frère et sœur", affirme-t-il. "Parvaneh", une Juive née en Iran, qui s’est installée en Israël voilà une quarantaine d’années, explique que ses vieux parents, qui sont dans une situation économique précaire en Iran, souhaitent vraiment quitter le pays pour venir vivre auprès d’elle, mais craignent de sombrer dans la pauvreté. Et ils pourraient bien avoir raison ; les émigrants iraniens prennent généralement un bien mauvais coup lorsqu’ils convertissent leurs rials en dollars, en euros ou en shekels.

Et lorsqu’ils tentent de vendre leurs biens avant leur départ d’Iran, les acheteurs potentiels les poussent dans leurs derniers retranchements et les obligent à vendre à des prix dérisoires car ils savent que lorsqu’une famille entière quitte le pays, toutes les possessions que ses membres n’auront pas réussi à vendre iront automatiquement à l’Etat. Cela dissuade de nombreux Iraniens, qui le souhaitent, de quitter le pays.

"Je parle régulièrement avec mes parents, ils me disent que tout va bien et que je ne dois pas m’inquiéter", déclare Parvaneh. "Mais ils sont obligés de déménager tout le temps car leurs propriétaires augmentent sans cesse leur loyer. S’ils avaient de l’argent, ils viendraient en Israël, mais ils ont peur de ne pas avoir les moyens de se loger ici". A la lumière des ambitions nucléaires de l’Iran, de ses appels à la destruction d’Israël et du penchant récent d’Ahmadinejad pour le négationnisme, les 25 000 Juifs vivant encore en Iran semblent, vu de loin en tout cas, flirter avec le désastre. Les Juifs qui ont quitté le pays le pensent de toute évidence. Ils craignent que ceux qui vivent encore là-bas soient victimes d’une seconde Shoa ou d’une guerre préventive contre l’Iran. "Il y a un nouvel Hitler là-bas, c’est vraiment un SOS que je lance", déclare Parvaneh.

Selon les informations recueillies par Shabnaz auprès de récents émigrants, l’attitude des Juifs d’Iran face à ces dangers est de refuser d’en reconnaître l’existence. "Personne ne parle de cela là-bas", explique-t-elle. "Ils pensent qu’Ahmadinejad est un peu plus extrémiste que les autres, mais c’est tout. Ils se conduisent comme s’ils n’avaient rien à craindre de ce qui leur est déjà arrivé et même de ce qui pourrait leur arriver à l’avenir".



David Levy
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