Hier, le policier a osé désobéir. Aujourd’hui, il devient "Juste parmi les nations"

publié le mardi 24 octobre 2006
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A visiter : Site de Yad Vashem

STRASBOURG (AFP) - Urbain Haag, un gardien de la paix strasbourgeois, a été honoré dimanche, 44 ans après sa mort en 1962, du titre de "Juste parmi les Nations" pour avoir bravé les lois de Vichy et sauvé une famille juive de la déportation.

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"On sait que les rafles ont été opérées par des policiers et des gendarmes français, mais on oublie de dire que certains d’entre eux sont morts pour avoir sauvé des juifs et osé dire non à Vichy", a souligné Jean Kahn, président du Consistoire central et du Consistoire du Bas-Rhin lors d’une cérémonie sur le parvis de l’Hôtel de police de Strasbourg.

"L’on comprend bien ici que la désobéissance peut aussi être une vertu, surtout quand elle place le respect de l’autre, de son intégrité, de sa prétendue différence, au-dessus de l’autorité aveugle", a déclaré Olivier Schwab, petit-fils d’Henri Schwab, le marchand d’étoffes strasbourgeois sauvé avec sa femme et ses quatre enfants par le policier pendant l’occupation nazie.

"Au péril de sa vie, Urbain Haag a fait passer l’empathie avant la discipline, le coeur avant l’obéissance", a ajouté Olivier, précisant que le policier, informé des "affaires juives" es qualité, était aussi un résistant, membre des Forces françaises de l’Intérieur (FFI).

Les petits-fils d’Henri Schwab, Olivier et Didier, ont raconté les débuts, en forme de gag, de l’amitié qui liait leur grand-père au policier en 1939, pendant la guerre : "Dans les casernes Vauban, à Strasbourg, il y a trois enrôlés qui posent problème : Henri Schwab, mon grand-père, Paul Rey, un de ses voisins, et Urbain Haag. Ils sont trop gros et il n’y a pas d’uniforme à leur taille"...

Les deux amis se retrouvent en 1942 à Périgueux, où la famille Schwab a été évacuée et où Urbain Haag a été réaffecté dans la police après avoir été expulsé d’Alsace par l’administration nazie.

Le policier devient "l’ange gardien" des Schwab, il enfourche son vélo pour prévenir ses amis "une bonne demi douzaine de fois", dès que la police française ou la milice s’apprêtent à faire une rafle, racontent les petits-fils. Il leur procure même des faux papiers portant le nom de famille d’Hirondelle, traduction approximative mais limpide de Schwab.

Gaston Schwab, fils d’Henri, a raconté qu’il était parti à la recherche d’Urbain Haag pour lui rendre hommage il y a quatre ans, après avoir vu au cinéma "Le Pianiste" de Roman Polanski. Il avait été frappé par la similitude entre ce film et l’histoire de sa famille, sauvée elle aussi grâce à un officier de police français.

La fille d’Urbain Haag, Marinette Scheibel, et son petit-fils Patrick ont reçu le diplôme et la médaille de Juste, la plus haute récompense civile décernée par l’Etat d’Israël, lors d’une cérémonie à laquelle participaient de nombreux représentants de la famille Schwab, des élus et des hauts responsables de la communauté juive, de l’ambassade d’Israël et de la police.

Thérèse JAUFFRET

Source : Yahoo Actualité







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