Parasha berechith 5767

Chabbath 21 octobre 2006 - 29 Tichri 5767 - Début : 18 h 33 - Fin : 19 h 35
publié le mercredi 18 octobre 2006
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Lecture de la Torah : Genèse I, 1 - VI, 8 : De la création à NOE. Haphtara : (veille de Roch-Hodech) : I Samuel XX, 18 - 42 : DAVID et JONATHAN.

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Commentaires sur la Torah :

Comme chaque année à pareille époque, venant à peine de terminer la célébration des fêtes de TICHRI, durant lesquelles nous étions sans cesse invités à faire notre examen de conscience et à proclamer notre Foi en la Providence divine, nous reprenons le cours normal de nos lectures hebdomadaires. Après ce mois de fêtes constituant en quelque sorte une parenthèse dans nos occupations habituelles, nous sommes invités à recommencer la lecture des cinq livres de la Torah et à réfléchir au sens de certains de nos textes bibliques les plus significatifs. Ils nous permettent essentiellement de dégager des leçons quant à nos responsabilités d’hommes, de juifs.

Précisément, lorsque nous relisons les premières pages du livre de la Genèse, nous sommes immédiatement placés en face de cette notion de responsabilité. Nous en avions déjà été informés durant tout le déroulement des fêtes de Tichri. A présent, en ce renouvellement de nos lectures hebdomadaires, il nous semble intéressant de nous arrêter au dialogue qui s’établit entre D.ieu et CAÏN, après que celui-ci eût tué son frère ABEL. Rappelons ici que le sacrifice offert par celui-ci avait été agréé par D.ieu, tandis que l’offrande présentée par CAÏN ne fut pas reçue. Ce refus entraîna sa jalousie envers son frère, l’amenant ainsi à commettre l’acte le plus grave, l’irréparable, celui de tuer son frère. (Genèse IV, 8.

Lorsque D.ieu lui en demanda des comptes, et pour établir le dialogue lui posa la question de savoir où était son frère, CAÏN répondit par la phrase tristement connue : « suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse IV, 9) L’on peut aisément imaginer que D.ieu connaissait le sort réservé par CAÏN à son frère. Lui posant la question relative au sort que le meurtrier avait réservé à sa victime, et cherchant à entrer en dialogue, (voir RACHI) ; D.ieu cherchait à apaiser son courroux et à le forcer à dire : « Mon crime est trop grand pour qu’on me supporte. » (Genèse IV, 13)

A vrai dire, CAÏN ne manifeste aucun regret sincère. Il ne veut avouer son forfait et à la question posée par D.ieu s’il savait où était son frère, il répond par une autre question, montrant à l’évidence qu’il refuse tout sens de responsabilité dans son acte meurtrier. La tentative de faire taire la voix de sa conscience ne réussit pas. D.ieu fait tout pour lui rappeler le mal causé et le crime commis, de sorte qu’il est impossible pour CAÏN de nier la gravité de son acte. Le Midrach compare ce type de comportement au cas d’une personne surprise à voler des mûres et qui, malgré l’accusation portée par le propriétaire du verger, s’obstine à nier les faits. Ce dernier dit alors : « mais regarde tes mains, elles sont toutes rouges. » De la même manière, D.ieu s’adressant à CAÏN lui dit : « qu’as-tu fait ? le cri du sang de ton frère s’élève jusqu’à moi, de la terre. » (Genèse IV, 10)

Le Midrach cité vient donc illustrer notre texte biblique pour bien souligner le fait que CAÏN ne pouvait fuir ses responsabilités. Il devait assumer la gravité de sa faute et reconnaître le mal commis. Par sa réponse, en disant : « suis-je le gardien de mon frère ? » CAÏN cherchait visiblement à déplacer sa responsabilité sur quelqu’un d’autre, en l’occurrence sur D.ieu Lui-même. Nous connaissons bien ce genre d’attitude, tant chez les individus que chez les peuples qui trouvent toutes sortes d’arguties pour ne pas assumer leurs responsabilités. Ce fut le cas notamment, des criminels nazis et plus tard d’autres criminels de guerre prétextant avoir obéi à des ordres supérieurs. S’agissant de conscience morale, ce genre d’argument ne peut en aucun cas être admis.

Pour en revenir à notre commentaire, le Midrach TAN’HOUMA nous présente encore la remarque suivante : « Lorsque D.ieu demanda : « où est ton frère ABEL ?, CAÏN répondit : « je ne sais point, suis-je le gardien de mon frère ? » A cela le TAN’HOUMA place dans la bouche de CAÏN les propos suivants qu’il adresse à D.ieu : « Tu es le gardien de toutes les créatures, et tu m’en demandes compte ? Si je l’ai tué, c’est parce que Tu as créé en moi le mauvais penchant. C’est donc Toi, D.ieu, la cause de ce que j’ai fait, car si Tu avais agréé mon offrande, je ne serais pas parvenu à cette fin. »

Cet épisode dramatique avec ce qu’il a de cynique, nous invite malgré tout à réfléchir à nos actes. En tant qu’hommes, nous disposons du libre-arbitre, nous pouvons choisir entre le bien et le mal. Pour répondre à notre vocation humaine, nous avons le droit de et le devoir de prendre toutes nos responsabilités, sans en rejeter une partie sur qui que ce soit d’autre. Notre conscience nous fait donc obligation de respecter la morale, de répondre même de nos manquements, de nos carences, sans avoir l’outrecuidance de dire : « ce n’est pas ce que j’ai voulu, ce n’est pas de ma faute. Dans le monde de violence où nous sommes placés, restons fidèles à ce précepte biblique disant : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et la calamité : choisis la vie ! tu vivras alors, toi et ta postérité. » (Deutéronome XXX, 19) C’est la valeur de ce précepte que CAÏN n’a pas su comprendre, comme après lui, des millions d’autres hommes, ayant perdu ce qu’ils avaient de plus sacré en eux : leur sens de l’humain.

HAPHTARA :

Notre paracha abordait la question de la haine que CAÏN éprouvait envers son frère ABEL et qui l’a conduit, comme l’on sait, à le tuer, à le supprimer. Ce faisant, il commettait ainsi l’acte le plus abominable, celui de porter atteinte à une vie humaine dont nous savons pourtant qu’elle n’appartient qu’à D.ieu, seul maître de nos destinées. A l’inverse, notre Haphtara nous raconte la dernière rencontre entre DAVID, futur roi d’Israël et son meilleur ami JONATHAN, son beau-frère, qui aurait été en droit de briguer la royauté. Les relations entre ces deux personnages bibliques sont extraordinairement bonnes, fraternelles, car l’amitié sincère qui les lie passe bien au-dessus d’intérêts personnels. Nous aurions pu les comprendre, puisque JONATHAN aurait normalement dû prendre le parti de SAÜL son père, jaloux de DAVID en qui il voyait un ennemi à abattre. Mais JONATHAN éprouvant une amitié profonde envers DAVID osa s’opposer à son père ne cherchant nullement à préserver ses intérêts personnels et familiaux. Belle leçon sur l’amitié comme il en arrive rarement. Notre Haphtarah a donc valeur d’exemple pour définir ce que devrait être l’amitié entre les individus et les peuples. Trop souvent ce sont des intérêts sordides qui dominent les rapports humains. C’est contre cela que s’élève l’enseignement que nous pouvons dégager du chapitre V des Pirké Aboth, michna 16 où l’on dit : « L’amitié de DAVID et de JONATHAN offre un exemple d’un attachement n’étant lié à aucune forme d’intérêt. » Rappelons ici que dans ses ESSAIS, Livre 1er, chapitres XXVII, MOTAIGNE considère lui aussi que le dernier point de l’amitié c’est bien celle qui n’est guidée par aucune forme d’intérêt, ni d’ordre matériel, moral ou sentimental. Nous avons là une belle leçon nous rappelant que lorsque l’on veut avoir un ami sur lequel pouvoir compter, dans les bons comme dans les mauvais moments de l’existence, il faut savoir l’apprécier pour tout ce qu’il représente à nos yeux. C’est également une leçon du même genre que nous présente un autre passage des Pirké Aboth, chapitre 1er, michna 6, où l’on nous enseigne au nom de Rabbi JOSUE fils de PERA’HIA : « Procure-toi un précepteur, acquiers-toi un compagnon d’étude, et juge tout le monde avec indulgence. » La seconde partie de cette proposition utilisant le terme hébraïque « ‘HAVER » que l’on peut traduire par ami ou compagnon d’études, nous montre l’importance qu’il y a de posséder un bon ami, duquel nous pouvons profiter de l’expérience et de ses connaissances. J’ai souvent entendu cette histoire relative à deux amis. L’un dit à l’autre : « dis-moi, est ce que tu m’aimes ». Réponse évidente : « Oui ». Alors demande le premier : « sais-tu ce qui me manque ? » « Non » répond le second. « Alors, dit le premier, comment peux-tu dire que tu m’aimes ? » Cette petite anecdote traduit bien de quelle manière il faut envisager l’amitié vraie telle que l’ont vécue DAVID et JONATHAN, par opposition à la haine mortelle que s’était portée CAÏN et ABEL, et dont nous trouvons bien des exemples dans la vie de tous les jours.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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