Les juifs de Russie viennent en aide à Israel

publié le samedi 30 septembre 2006
Partagez cet article :


publicité

Le communauté juive de Moscou a collecté 324 633 roubles (12 000 dollars environ) d’aide pour Israël. L’argent servira à financer, par l’intermédiaire du Fonds israélien Keren Hayesod, la reconstruction du jardin d’enfant Duhifat à Shlomi, atteint par des tirs de roquettes du Hezbollah lors de la dernière guerre avec Israël. Cette initiative est la première action caritative du genre de la communauté juive de Russie.

La soirée, à laquelle participaient des artistes populaires, russes et israéliens, s’est déroulée dans un club moscovite. Quelque 500 personnes s’étaient rassemblées, pour l’essentiel des membres de la communauté juive de Russie et des Israéliens résidant à Moscou, ainsi que des personnes qui avaient simplement désireuses de soutenir Israël.

Le plus étonnant, c’est que cette action a été initiée non par des organisations officielles ou par l’ambassade d’Israël en Fédération de Russie, mais par deux frêles jeunes filles, Lena Kroulevitch et Macha Altchouler, qui avaient créé, deux mois auparavant, le portail internet "Aux côtés d’Israël".

"Quand la guerre du Liban a éclaté, raconte Lena, mon amie et moi passions quelques jours en Israël, c’était très dur de voir nos amis partir pour le front, insupportable de penser à ceux qui vivaient dans le Nord du pays. Quand nous sommes rentrées en Russie et que nous avons vu combien la couverture des événements du Proche-Orient était dépourvue d’objectivité, nous avons pensé qu’il était impossible de rester à l’écart. Nous avons donc créé un site présentant le point de vue d’Israël sur les événements". Ces sentiments, la quasi-totalité de la communauté juive de Russie les a éprouvés. Mais tous ne sont pas passés à l’action. Aujourd’hui, bien que la guerre soit finie, les auteurs du site estiment qu’Israël est toujours victime d’un blocus de l’information. "Nous voulons percer ce blocus, explique l’équipe du projet internet, nous voulons permettre à tous ceux qui parlent russe d’accéder à une information véridique sur le Proche-Orient et d’écouter la voix des Israéliens sans qu’elle soit déformée par les caméras et les micros." Ces militants choisissent les articles et les photos sur Israël, publient des informations sur les actions caritatives qui ont lieu dans divers pays en faveur des Israéliens qui ont souffert de la guerre. Mais, comme cela leur semblait peu, ils ont décidé d’organiser leur propre action de charité.

"Nous avions initialement décidé de collecter de l’argent pour un jardin d’enfants ou une école, car nous voulions aider les petites victimes des opérations militaires. Nous nous sommes adressés au Fonds israélien pour qu’il nous indique un jardin d’enfants. Il s’est avéré qu’il y en avait un à Shlomi. Shlomi est une ville frontière qui a beaucoup souffert des bombardements", explique Lena, qui motive ainsi le choix de l’action caritative.

Lorsque le jardin d’enfants rouvrira ses portes, peut-être qu’une plaque sera apposée pour rappeler la collecte de Moscou, espèrent les organisateurs. Cela mérite effectivement de rester dans les mémoires. Car c’est sans doute la première fois que la communauté russe aide Israël, et non pas Israël qui aide la communauté russe. Selon les organisateurs, quand ils ont appelé par téléphone le maire de Shlomi, Mikhaïl Slobodov, pour lui parler de l’argent collecté, ce dernier leur a dit : "Je n’y crois toujours pas. On n’a jamais vu Moscou aider Israël. Un grand merci à tous ceux qui nous ont aidé et soutenu."

Le résultat n’a pas réjoui que le maire de Shlomi, il a fait aussi le bonheur de tous ceux qui ont assisté à cette soirée de bienfaisance : les gens n’arrivaient pas à croire que l’on puisse organiser de telles actions sur un élan du cœur et non pas en vertu du plan officiel d’une quelconque organisation. Nombre de ceux qui sont venus au club entendaient pour la première le nom de la ville de Shlomi, ils voulaient simplement aider. Ni Lena, ni Macha n’auraient pu, bien évidemment, mener à bien une telle action et ce sont les organisations juives, officielles et autres, qui les ont aidées. En premier lieu, les organisateurs citent le Centre culturel juif Nikitskaïa. L’ambassade de l’Etat d’Israël a également apporté son soutien au niveau de l’information. Mais, en dépit de cette aide, cette soirée aura été tout d’abord l’action d’enthousiastes. "La somme collectée correspond à peu près au quart des besoins pour pouvoir remettre en état le jardin d’enfants", indique Oleg Oulianski, l’un des organisateurs de la soirée et le cofondateur de Darkon, club des Israéliens à Moscou. Il souligne toutefois que "bien que Moscou ait du mal à s’aligner sur New York où, au même moment, une soirée de soutien à Israël permettait de collecter 10 millions de dollars, elle pourrait très bien soutenir la comparaison avec Bruxelles ou à Amsterdam pour le caractère massif du soutien". Aux Etats-Unis et en Europe, ajoute-t-il, le peuple est habitué aux actions de charité alors que cette tradition n’existe pas en Russie. Pendant toute la soirée, raconte-t-il, les organisateurs ont honnêtement tenté, mais en vain, de se souvenir de quelque chose de semblable : des gens ordinaires qui se rassemblent pour collecter de l’argent pour une grande cause, socialement utile.

Peut-être est-il dans l’erreur à l’échelle de toute la Russie, car on peut trouver des exemples d’enthousiastes collectant de l’argent pour les enfants abandonnés, des malades, etc. Mais, pour la communauté juive du pays, c’est effectivement la première fois. On avait déjà collecté des signatures de soutien à Israël, mais jamais de l’argent, surtout sur une base non officielle. Mais les organisateurs espèrent que ce n’est pas la dernière fois. Le projet "Aux côtés d’Israël" se poursuit. Comme le soulignent ses créateurs, "le site est une plate-forme où l’on peut savoir ce qui va se passer, à quoi il est possible de participer". Ils gardent leurs projets secrets pour l’instant, mais restent ouverts à toute proposition. Car la première action a montré que l’opinion publique pouvait faire beaucoup quand la force, la volonté et la foi sont présentes.



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables