« Se mortifier pour revivre... »

BILLET DU 1er OCTOBRE 2006
publié le samedi 30 septembre 2006
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

En entrant dans la longue journée de Kippour, dans le Shabbath des Shabbath, il nous est demandé de nous y préparer afin de ne pas pénétrer dans la synagogue comme nous le ferions de façon ordinaire, pour autant qu’il puisse y avoir quoique ce soir d’ordinaire à aller à la synagogue. Mais aujourd’hui, plus que jamais, c’est avec crainte et humilité que nous nous devons de nous retrouver dans le lieu qui accueille habituellement nos joies, de la circoncision en passant par la Bar Mitsvah ou le mariage.

S’il fallait retenir une Mitsvah, un précepte divin, pour le jour de Kippour, ce serait celle-ci : « Teanou et nafshotekhem », « Vous mortifierez vos personnes ». Vous mortifierez ou encore, vous affligerez vos âmes. L’affliction des personnes est généralement réservée au deuil avec ses rites de « ‘anénout » qui l’accompagne. Mais l’affliction de Kippour va bien au-delà du rituel du deuil même pour un parent proche. Cinq interdits majeurs nous accompagneront durant ces 25 heures : le jeûne absolu de nourriture et de boisson, ne pas se laver, ne pas se parfumer, ne pas porter de chaussures en cuir et ne pas avoir de relations sexuelles. Bien entendu, à tous ces interdits viennent s’ajouter ceux du Shabbath.

Pourquoi donc se mortifier lorsque nos prières demandent à Dieu de nous inscrire dans le Livre de la Vie ? Si nous espérons cette inscription, nul d’entre-nous ne peut présumer qu’il l’obtiendra. Se mortifier signifie donc que nous nous préparons à accepter la sentence divine, même la plus fatale, ne pas être inscrit dans le Livre de la Vie. Il serait présomptueux d’imaginer que le son final du shofar représente de facto notre délivrance et un destin scellé dans le Livre de la Vie.

Le judaïsme est une religion de vie. Ne dit t-on pas de la Torah qu’elle est un « arbre de vie » et qu’en suivant ses commandements nous avons la garantie de vivre ? Mais c’est précisément parce que nous savons que nous nous sommes éloignés des commandements, que nous n’avons pas suivi la Voix de la Torah, que nous implorons la miséricorde divine. Les bonnes résolutions ne sont plus de mise, il est déjà trop tard. Le seul engagement que nous puissions prendre à cette heure est d’étudier et d’observer la Torah.

La justice divine est bien différente de celle des hommes. Si nous commettons une infraction à la loi civile nous sommes, en théorie, immédiatement sanctionnés. Lorsque nous enfreignons les Lois divines nous devons en rendre compte et entendre la sentence au jour de Kippour. Il n’y a que les arrogants qui osent se présenter devant un tribunal qui les accuse avec légèreté sans craindre la sévérité du juge. Ce sera le sens de nos prières durant 25 heures. Nous ne demanderons pas le pardon absolu mais la clémence. Et c’est bien d’un Dieu paternel dont il sera question dans nos prières : « Avinou, Malkénou », « notre Père, notre Roi ». Un père ne peut juger son enfant qu’avec affection et mesure. Cela n’empêche en rien la sévérité. Il nous reste à espérer que la sincérité de nos prières et la force de notre repentir sauront être entendues par notre Juge.

Je souhaite à chacun un tsom kal, gmar hatimah tovah. Je vous retrouverai dans trois semaines après les fêtes de Souccoth et de Simhat Torah, d’ici-là Shavouah tov, bonne semaine à tous.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables