Parasha be’houkotaï

Chabbatth 28 Mai 2005 — 19 Iyar 5765 - Début : de 20 h 03 à 20 h 18 - FIN : 22 h 38
publié le lundi 23 mai 2005
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Lecture de la Torah : Lévitique 26, 3 - fin du livre : Bénédictions et malédictions ; vœux et dîmes. Haphtara : Jérémie 16, 19 - 17, 14 : Le sort du pécheur et celui du juste.

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Commentaire de la Torah :

Après avoir longuement développé les lois morales auxquelles doit se conformer le peuple d’Israël, le troisième livre de la Torah, celui du Lévitique, s’achève par l‘énumération des bénédictions et des malédictions annoncées comme récompense ou châtiment réservé à chacun, en fonction de sa conduite. La lecture de ces chapitres ne peut nous laisser indifférents. La précision des peines annoncées pour ceux qui auraient ostensiblement et volontairement négligé le respect de la loi divine ne manque pas de surprendre..

Malgré cela, avec ce qui s’est passé durant les heures de tourmentes liées à la seconde guerre mondiale et les méfaits du nazisme, notre époque ne doit pas comme le pensent certains, être considérée comme victime d’un châtiment directement lié à des fautes. Penser de la sorte serait monstrueux, surtout quand on sait que les malheureuses victimes étaient dans la majorité des cas, très attachées à l’étude et à la pratique religieuse. Nous n’avons d’ailleurs pas à chercher une justification quelconque à la SHOAH. Elle ne s’explique pas tant elle dépasse l’entendement normal. Elle procède avant tout de la volonté délibérée des criminels nazis à vouloir faire disparaître le peuple juif de la terre. La propagande, les livres de haine sont hélas assez explicites à ce sujet. Des siècles de persécutions et de pogromes ont trouvé leur point d’aboutissement dans ce monstrueux déchaînement des passions anti-juives et même anti-démocratiques. De plus, d’autres tyrans dans le passé ont eux-aussi tenté d’utiliser tous les moyens possibles pour nous éliminer. Nous sommes heureusement toujours présents dans le monde, grâce à la Providence divine.

Le texte de notre paracha est à mon avis plus général Il ne fait pas référence à notre époque moderne. Ceci dit, il n’est jamais interdit de réfléchir à nos devoirs envers D.ieu et de tenter de faire retour à Sa Loi. Tel est d’ailleurs bien l’objet de ce passage biblique. Il nous invite à l’idée selon laquelle il n’est pas toujours facile de tirer un enseignement de ce que D.ieu veut nous indiquer, qu’il s’agisse de châtiments ou de récompenses.

Le problème essentiel soulevé ici est celui des justes qui souffrent alors que tant de méchants semblent être heureux, de sorte que l’on peut même avoir le sentiment que le mal dans le monde est plus abondant que le bien. A première vue, c’est ce que l’on ne manque jamais de penser. Mais, selon nos Sages, cela provient simplement de notre ignorance des desseins de D.ieu. Nous avons souvent abordé cette question dans nos commentaires. Il conviendrait surtout d’admettre que D.ieu veille sur chacune de ses créatures. Celles-ci tiennent en grande partie leur destinée entre leurs mains. Elles sont donc invitées en permanence à prendre leurs responsabilités sur tous les plans religieux et humains. Il faut s’efforcer de suivre les prescriptions divines, pour mériter ainsi les récompenses qui s’y attachent.

Il est évident que devant la Toute-Puissance de D.ieu, nous sommes trop faibles et incapables de comprendre le sens profond de Ses Lois. Il y a sans doute en elles une certaine logique. D.ieu, en nous créant et en nous offrant Sa Loi, a voulu que par notre pratique quotidienne, nous Lui rendions hommage. Il nous la donnée pour assurer notre bonheur dont nous ne soupçonnons pas toujours les potentialités.

C’est aussi cette idée que nous rappellent les maîtres de la Michna en disant : « Exécute la volonté de D.ieu comme la tienne, afin qu’Il considère ta volonté comme la Sienne. » (Pirké Aboth, chapitre 2 - michna 4).

Après les malédictions contenues dans notre sidra, nous trouvons un chapitre relatif aux bénédictions qui attendent ceux qui seront fidèles à D.ieu. Puisque le peuple juif, tout au long de son histoire, a pu éprouver malgré lui la réalité des malédictions qui se sont abattues sur lui, nous avons aussi toutes raisons de croire à la réalité des bénédictions qui seront accordées à celui qui suit fidèlement son Créateur. Nous sommes invités par le prophète Jérémie à y croire, lorsqu’il dit : « Béni soit l’homme qui se confie en l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espoir. » (Jérémie XV, 7). Cette phrase nous la récitons chaque matin, mais aussi lorsque nous prononçons les actions de grâces (birkat hamazone). Elle nous permet de puiser force et courage dans le tourbillon quotidien sans totalement désespérer de lendemains meilleurs.

Haphtara :

Le prophète Jérémie auquel est emprunté le passage de notre haphtara, identifie le mal à l’idolâtrie. Il estime que tous les malheurs subis par Israël en découlent. « Nos ancêtres n’ont hérité que du mensonge, vanité inutile. Et ces hommes se créent des dieux, qui ne sont point des dieux. » (JEREMIE XVI, 20). Le prophète veut donc dénoncer le culte futile et vain que ses contemporains pratiquaient et qu’ils désiraient léguer à leurs descendants. On pourrait aisément trouver quelques ressemblances avec ce que nous voyons autour de nous en notre époque où l’on divinise que mode passagère ou pure fantasme.

MAIMONIDE s’arrête sur le verset 19 en soulignant l’appel du prophète à la lutte contre ces mensonges nuisibles : « Tu comprendras que tout cela est pernicieux et si ce n’est pas là une chose qu’il fallait faire cesser à tout prix ». (Guide des Egarés III, chapitre 49).

Mais pour la manière par laquelle MAIMONIDE comprend les événements, on peut, grâce à ce que nous avons connaissons de lui, considérer qu’il voit dans les commandements divins le seul et unique remède, ce que déjà ne veulent pas comprendre les gens de notre génération. Combien plus encore tout cela prend il de l’importance de nos jours. Et c’est encore à notre prophète que nous emprunterons cette dernière supplication à D.ieu : « Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri ; sauve-moi et je serai sauvé, car Toi seul tu es ma gloire ! » (Jérémie XVII, 14).

L’honneur de la réhabilitation ne peut en fait venir que de D.ieu, ce dont nous devons être intimement persuadés. Nous remarquerons pour finir, que ce dernier verset, mis au pluriel, a été introduit, en raison de sa profondeur et de la simplicité de sa forme, dans notre prière de la AMIDAH (Dix-huit bénédictions) que nous récitons trois fois par jour durant les jours de semaine. Jamais comme de nos jours, nous n’avons tant eu besoin du secours de la Providence pour mettre fin à tous les maux qui accablent notre monde contemporain.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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