Parasha a’haremoth-kedochim

Chabbath 1er mai 2004 - 10 Iyar 5764 - Début : 19 h 35 à 19 h 55 - Sortie : 21 h 57
publié le lundi 26 avril 2004
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Lecture de la Torah : Lévitique XVI, 1 - XX, fin : Lois relatives à Kippour ; unions interdites ; lois de sainteté. Haphtara : Achkenazim : AMOS IX, 7 - 15 : D.ieu ramène les captifs d’ISRAËL. Sefardim : EZECHIEL XX, 2 - 20 : Histoire des infidélités du peuple d’ISRAËL.

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Commentaire de la Torah :

« Parle à toute la communauté d’ISRAËL et dis-leur : Soyez saints ! car je suis saint, moi l’Eternel, votre D.ieu. » (Lévitique XIX, 2). Ce texte fondamental nous rappelle que la notion de sainteté peut paraître difficile à comprendre de nos jours, où tant de valeurs spirituelles et par principe sacrées, ne semblent pas correspondre aux normes actuellement admises dans nos sociétés plutôt à tendances permissives. Or, pour le Judaïsme, cette notion de sainteté, de KADOCH, de KEDOUCHA, occupe une place centrale dans notre tradition religieuse. Elle constitue l’idéal parfait que nous devon nous efforcer d’atteindre. On peut-même dire que ce qui fait la spécificité du Judaïsme, c’est cette aspiration à vouloir nous rapprocher le plus possible de cet idéal de perfection qu’est la SAINTETE.

A titre d’exemple, notre temps est sanctifié, en particulier quand nous célébrons le CHABBAT et les jours de FETES. L’espace est lui aussi sacré, si l’on prend en considération le respect que nous devons à nos synagogues, à nos maisons de prières, d’études, partout où nous tentons par l’étude et la prière de sanctifier D.ieu, source de toute sainteté. La Terre d’ISRAËL, elle aussi, souvent qualifiée par l’expression de TERRE SAINTE est considérée comme telle, car c’est là que furent reçus les messages des Prophètes.

N’oublions jamais que c’est JERUSALEM sa capitale qui constitue le point central de la sainteté que nous trouvons en ces lieux chargés d’histoire et de spiritualité. Enfin, rappelons encore que le mariage, selon la tradition juive, comporte également une notion de sainteté, puisque la première partie de la cérémonie de mariage intitulée KIDOUSHINE, nous montre bien la valeur sacrée que nous attachons au mariage juif.

Pour bien comprendre cette notion de SAINTETE, voici ce qu’en dit le ZOHAR : "« La sainteté qui nous vient de la Loi est plus élevée que toutes les autres sainteté, et celle qui nous vient de la Sagesse suprême est encore plus haute. En effet, il n’y a point de Loi sans Sagesse, ni Sagesse sans Loi ; c’est dans la Sagesse qu’on trouve la Loi, et c’est dans la Loi qu’on trouve la Sagesse. »" Nous voyons ainsi que ce passage du SOHAR veut montrer à quel point la Loi s’identifie à la Sagesse Suprême qui comprend toutes les qualités intellectuelles et morales.

C’est donc en approfondissant certaines lois dont l’accomplissement mène à la sainteté, que nous comprenons mieux la vérité de ce qui vient d’être dit. « Ne va point colportant le mal parmi les tiens : ne sois pas indifférent au danger de ton prochain : je suis l’Eternel. » (Lévitique XIX, 16).

Nous suivrons ici le commentaire d’IBN EZRA qui trouve dans la seconde partie de notre verset une suite logique de la première. D.ieu nous défend de porter atteinte à la vie de notre prochain, que ce soit par la délation ou la diffamation, ou encore par le faux-témoignage, autant de délits que nous pouvons constater dans la vie courante. La Torah y est très sensible et nous met en garde contre ces fautes. IBN EZRA, pour nous en tenir à lui, y voit un rappel ou plutôt une forme d’extension du sixième commandement du Décalogue disant : « Ne commets points d’homicide. » (Exode XX, 13).

A ce propos, ce commentateur cite l’exemple de DOEG l’EDUMEEN et le mal qu’il a causé à DAVID et à SAÜL (I Samuel XXII, 9) par une dénonciation entraînant la mort de quatre-vingt-cinq prêtres de la ville de GATH (I Samuel XXII, 18). C’est ce que nous lisons dans Bemidbar Rabbah, Chapitre 19 § 2 : « Toute médisance, fait d’ordinaire trois victimes : celui qui la profère, celui qui l’écoute, et celui qui en est l’objet. » Par ailleurs nous lisons : « Celui qui rapporte des propos médisants, commet des fautes envers le Ciel et la Terre. » (KOHELETH RABBAH § 9). C’est donc en fuyant la médisance dont nous avions déjà parlé dans la paracha précédente, que nous pourrons réaliser les commandements interdisant successivement les représailles et le souvenir de l’offense, afin de parvenir au précepte le plus élevé, celui qui nous intime l’ordre d’aimer notre prochain pour lui-même, pour ce qu’il représente, à savoir, une créature de D.ieu. Nous lisons en effet : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, car je suis l’Eternel » (Lévitique XIX, 18), c’est-à-dire « qui l’a créé comme je t’ai créé. » (ABOTH de Rabbi NATHAN, chapitre XVI).

Cet amour envers l’autre doit être un amour actif, s’exprimant en actes, en actes de bienveillance et de grâce. « Il faut savoir agir avec bienveillance, même envers ceux qui nous déplaisent, comme on agit envers soi-même. » (David HOFFMANN - ancien Directeur du Séminaire Rabbinique HILDESHEIMER à BERLIN - fin du 19° s., commentaire sur le Lévitique, chapitre II). La définition de l’amour du prochain, donnée par plusieurs exégètes peut se résumer ainsi, selon MOSES MENDELSSOHN (18° siècle) : « La sublimes équation entre l’amour du prochain et l’amour de soi ne serait en effet qu’une sublime chimère, si elle était quantitative, mais ces deux amours doivent être non de même intensité, mais de même nature. » Aussi, la formule prononcée par HILLEL de façon négative : « Ne fais pas autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît, » (Talmud CHABBAT 31 a), semble définir très précisément l’intention de la Bible.

Cela signifie que la TORAH ne défend pas seulement de nuire à quelqu’un, directement en lui faisant du mal, mais aussi de manière indirecte si on ne lui fait pas le bien dont il a besoin et qui dépend de nous. A titre d’exemple, cela vaut pour les visites aux malades ou dans le cas où l’on peut aider une personne momentanément en difficulté sociale ou morale. Il est évident et presque naturel que chaque individu pensera d’abord à soi et ne saura pousser son altruisme au-delà de la définition négative. (David HOFFMANN). Tout en devant assumer nos devoirs envers nos semblables dans une forme d’amour du prochain aussi parfaite que possible, nous devons également prendre en compte cette recommandation humainement naturelle : « Ta vie passe avant la vie de ton prochain. » (Talmud BABA METSIA, 62, a). L’essentiel dans notre comportement de juif responsable est de savoir lutter contre l’égoïsme, d’éviter de faire du tort à notre prochain, par des paroles blessantes ou diffamatoires ou par des luttes d’intérêts.

HAPHTARA :

Selon les traditions respectées dans nos communautés, deux textes prophétiques, l’un emprunté à AMOS pour le rite Achkenaze, l’autre tiré d’EZECHIEL, pour le rite Sefarade, nous sont proposés. Je crois utile de rapporter un commentaire que j’avais déjà présenté, inspiré par le prophète AMOS. Il me semble tout à fait approprié en rapport avec la célébration du YOM HAATSAMAOUTH - anniversaire du jour de l’Indépendance de l’Etat d’ISRAËL, que ne venons de célébrer cette semaine.

Rappelons d’abord que dans notre paracha étaient indiquées des lois importantes relative à la vie morale et sociale. Leur but est de nous permettre d’atteindre autant que possible la perfection voulue par D.ieu, pour le genre humain, en nous invitant en tant que peuple élu, à sanctifier notre existence tant au plan individuel que collectif. C’est donc dans ce même ordre d’idées que le prophète AMOS vient réprimander ceux qui veulent rejeter toute forme d’obéissance à la Loi divine. Comme bien d’autres, AMOS nous rappelle que nul ne saurait échapper à ses responsabilités et qu’il faut savoir les assumer. En contrepartie, il y aura des récompenses accordées à ceux qui saurant opérer un retour sincère à D.ieu. Parmi celles-ci, il entrevoit la possibilité pour le peuple d’ISRAËL de revenir un jour sur sa terre. Or, par coïncidence, ce même texte d’AMOS a été lu le 12 mai 1948, soit le 5 Iyar 5708, jour où fut proclamée l’Indépendance de l’Etat d’ISRAËL.

Nous ne citerons à titre d’exemple que le verset 15 de ce chapitre IX d’AMOS disant : "« Je les replanterai dans leur sol, et ils ne seront plus déracinés de ce sol que je leur ai donné, dit l’Eternel ton D.ieu. »" Nous assistons quotidiennement à la résurrection miraculeuse de l’Etat d’ISRAËL. Elle fait intégralement partie des promesses bibliques devant nous permettre de prendre conscience que chacun, à sa place, peut contribuer à leur réalisation. Agir en fonction de la volonté du Créateur est le but essentiel de chaque juif, et les textes prophétiques peuvent utilement nous aider dans cette voie.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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