Les Juifs dans les timbres
par ClaudeWainstain

LA VIE D’ANDRÉ CITROEN

Comment raconter en quelques lignes la vie extraordinaire d’André Citroën, le constructeur d’automobiles qui ne conduisait jamais, le non-fumeur promu gestionnaire de la Régie des Tabacs, et le polytechnicien nul en calculs financiers ?
Sa première rencontre avec l’automobile date de 1908, lorsqu’il est embauché comme directeur de production par les automobiles Mors. A cette époque, Citroën a trente ans, et il est déjà réputé. Sa petite société d’engrenages marche bien, des engrenages bizarres à double chevron qu’il a dénichés à Lodz, au cours de vacances passées dans sa famille, et dont il a racheté le brevet. En 1912, une visite à Detroit, chez Ford, lui révèle les secrets de la fabrication en chaîne. Il va les mettre en application, d’abord pendant la guerre, à produire des obus dans ses usines du quai de Javel, puis, après avoir hésité entre les machines à coudre et les meubles métalliques, à fabriquer des automobiles.
Créatif, adorant le marketing, Citroën ajoute aux innovations technologiques sa pugnacité commerciale. « Je suis un grand camelot, dit-il, je vendrais n’importe quoi. » Il invente le service après-vente, les concessionnaires, les stations-service, offre à Paris ses premiers feux tricolores, et fabrique même des autos miniatures, reproductions fidèles de ses modèles : « L’enfant est notre futur client, explique-t-il. Il faut que les trois premiers mots qu’il connaisse soient : papa, maman, Citroën ».

 

Il lance ses autochenilles dans de prestigieuses « Croisières » à travers l’Afrique, l’Asie et l’Alaska où une montagne s’appelle désormais Citroën Peak. Mais son coup de pub le plus incroyable, c’est la location de la Tour Eiffel. De 1925 à 1936, elle portera, en lettres gigantesques, un « Citroën » lumineux visible à 40 km de distance. Quelle revanche pour ce fils de petit négociant polonais qui, ruiné, s’est un jour suicidé en se jetant par la fenêtre ! Devenu premier constructeur d’Europe, Citroën reste pourtant un bon Juif et le généreux bienfaiteur de l’ORT. Mais la crise de 1929, des erreurs technologiques répétées et ses dépenses extravagantes conduisent l’entreprise à la faillite. Chassé de son usine le 31 décembre 1934, Citroën meurt six mois plus tard. Son cercueil, installé dans le grand hall, sera veillé jour et nuit par ses anciens collaborateurs.
A en croire le prospectus du Parc André Citroën, notre homme « dévoua toute sa vie aux grandes causes nationales ». Pourtant, aucun timbre français ne figure parmi ceux, une quarantaine au total, qui retracent l’histoire de la marque, du « Type A » à la 2 CV, de la « Citroën » à la DS et de la « Trèfle » à la CX, en passant par la papamobile Lictoria et par les autochenilles de la Croisière noire. Le dernier sorti de cette thématique au double chevron est ce timbre suédois du 4 octobre 1997, une « Traction » noire, incontournable accessoire du film policier français. « Par sa technologie de pointe et sa robustesse, dit la notice, la Citroën était la voiture préférée des gangsters, car c’était celle qui semait le mieux la police. » La vérité ? C’est parce que ses serrures étaient si défectueuses que même un enfant pouvait les crocheter. •