Racines : l'origine des noms juifs Chronique publiée dans
L'Arche n°509/510 de juillet/août

 

Adiba, le loup d'Espagne

S'il est une chose bien établie, c'est l'origine espagnole des noms Adiba, Adeba, Adiva ou Adibe, éventuellement précédés d'un indice de filiation : Benadiva, Benadiva, Bendeva. Mais si l'extraction ibérique est certaine, l'explication du patronyme l'est moins.

Certains veulent y voir une source animale : adive, en espagnol, signifiant loup ou chacal, nous aurions affaire ici à la version féminine de la bête. Une question surgit. Quel rapport, si l'on peut dire, entre l'homme et l'animal ? Sommes-nous en présence d'une traduction du prénom hébraïque zeev (loup) ? Hypothèse peu probable puisque zeev, pris en tant que prénom, s'il est fréquent chez les Juifs ashkénazes, est pratiquement inexistant du coté sépharade. Ou bien est-ce une manière de faire allusion au caractère des aïeux ? Difficile de le savoir.

La seconde étymologie est beaucoup plus simple. Dans des temps reculés, il y aurait eu en Espagne une cité nommée Adeba, qui serait probablement la ville actuelle de Batea dans la province de Tarragone. Celle-ci aurait servi d'origine à nos Adiba. Quoiqu'il en soit, ceux-ci et leurs dérivés sont aujourd'hui, en grande majorité, originaires du Maroc, bien qu'on en trouve quelques-uns dans l'Oranais voisin.

Parmi les Adiba célèbres on trouve Yaakov Adiba, expulsé du Portugal comme tous ses coreligionnaires, en 1496, et qui vint s'établir à Azemmour au Maroc. En 1513, les Portugais s'emparaient de la cité. Certains disent que les habitants musulmans, saisis de panique à l'arrivée des troupes portugaises, prirent la fuite et que ce furent les Juifs, menés par Yaakov Adiba, qui vinrent annoncer la nouvelle aux vainqueurs. Pour récompenser Yaakov Adiba, les Portugais l'aurait nommé rabbin de la ville ; ils auraient aussi garanti aux Juifs locaux des conditions de vie qui n'avaient rien à voir avec celles de leurs coreligionnaires restés au Portugal et en Espagne. Ces derniers, on le sait, étaient soumis aux foudres de l'Inquisition. Parmi eux, un certain Benadeva qui avait été brûlé en autodafé à Séville en 1479. o