Chronique
publiée dans
LArche n°502, décembre 1999
RACINES :
LORIGINE DES NOMS JUIFS
Bengio, les fils du ciel
Uniquement marocains et presque
exclusivement tangérois, les Bengio (et leurs dérivés
Benjo, Ben Djau, Bonjua ou encore Bengo) voient leur patronyme expliqué
de plusieurs manières. Certains pensent que leur origine remonterait
à la lointaine Arabie où une tribu portait le nom de Beni
Jau, littéralement « les fils du ciel ». Venus avec
la conquête arabe, ces Juifs se seraient installés en Espagne
pour, ensuite, la quitter lors de lexpulsion de 1492.
Dautres, se basant, eux aussi, sur les racines ibériques
des Bengio et compagnie, estiment que lexplication de lappellation
est à chercher soit dans la localité de Jau, dans la province
de Grenade, soit dans celle de Jou, sise, quant à elle, dans la
province de Lerida.
Quoi quil en soit, ce qui est certain, cest que des nommés
Bengio ont occupé des places prépondérantes tant
en Espagne que, plus tard, à Tanger. Cest ainsi que Jacob
Ben Jau, qui vécut à Cordoue au Xe siècle, fut nommé
Naguid (prince) des Juifs dEspagne et dAfrique, charge qui
lui donnait le droit de nommer et de révoquer les rabbins. Il possédait
une garde dhonneur composée de dix-huit pages vêtus
de brocart et dor, ainsi quun carrosse de fonction. Tombé
un temps en disgrâce parce quil narrivait pas à
soutirer certains impôts à ses coreligionnaires, il fut emprisonné
pendant toute une année avant dêtre réinstallé
dans ses fonctions.
FORT DE BRAS
Bien quil existe un Itzhak Bonjua, grand rabbin de Perpignan en
1337, cest surtout après lexpulsion dEspagne,
et dans la ville de Tanger, que les Bengio vont sillustrer à
partir du XVIe siècle. A Tanger, certains finiront par être
nommés par la population locale Bendrao, littéralement «
fort de bras » (qui obtient tout par sa force), en raison de leur
puissance.
Parmi les Bengio célèbres, citons Moshé Bengio, qui
devint grand rabbin de Tanger en 1833 et qui mourut du choléra
le même jour que son fils, en 1855. Cest son petit-fils, Mordekhaï
Bengio, qui, à lâge de 28 ans, lui succéda dans
ses fonctions. Grande autorité rabbinique (il publia de nombreux
ouvrages) et fondateur de la synagogue Ets Haïm, il fut grand rabbin
de Tanger pendant soixante-deux ans. CATHERINE GARSON
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