Chronique publiée dans
L’Arche n° 495/mai 1999
Racines : l’origine des noms juifs

Quelques dirham pour Bendrihem

Au moment où nous passons à l’euro, intéressons-nous à une monnaie nettement plus ancienne : le drachme grec, d’où vient le nom de la monnaie nationale marocaine, le dirham. C’est cette pièce de monnaie qui est à l’origine du patronyme Bendrihem (ou Bendrihen), formé du mot dirham précédé de l’indice de filiation. Ce même indice nous met sur la voie pour comprendre à quelles occupations se livraient les ancêtres des Bendrihem. Il est généralement accepté que ceux-ci devaient être encaisseurs ou collecteurs d’une taxe de péage (pour l’accès à un marché, par exemple), taxe qui s’élevait souvent à un tout petit dirham.
D’autres, tout en restant dans la sphère économique, estiment que les Bendrihem étaient plutôt, à l’origine, chargés de frapper la monnaie, une fonction très souvent remplie, dans le passé, par des Juifs.
Pour certains, ce même petit dirham explique aussi le nom « Zrihen » ou « Benzrihen ». Que d’autres préfèrent voir originaire de la chaîne des montagnes du Zerhoun, toujours au Maroc (à noter, tout de même, que cet avis est minoritaire). Quoiqu’il en soit, à l’époque moderne, les patronymes Bendrihen ou Benzrihen se retrouvaient en général du côté de Marrakech, et en Oranie de l’autre côté de la frontière algérienne.
Côté célébrités, il faut mentionner Rav Yaacov Haï Zrihen (né en 1869), l’un des plus célèbres rabbins d’origine marocaine à officier en Terre sainte. Il y fut, pendant de longues années, grand rabbin et président du tribunal rabbinique de Tibériade. Plus près de nous, Raphaël Bendrihem, un riche propriétaire de Tanger (au Maroc espagnol), fut l’un des fondateurs du Séminaire rabbinique local qui reçut des élèves venus de toutes les villes du pays. Lorsqu’il s’éteignit, en 1951, il fit don de sa villa pour qu’elle abrite une synagogue et une yéshiva. • Catherine Garson