Article paru dans
L’Arche n° 493/mars 1999
Racines : l’origine des noms juifs
par Catherine Garson
 

D’un bon jour aux Bondy

C’est la fête ! Et voilà que naît un petit garçon juif dans la France ou l’Italie du moyen âge. Comment va-t-on le prénommer ? Yom-Tov peut-être, littéralement « bon jour », puisque le bébé a vu pour la première fois la lumière lors d’une fête juive.
Les descendants de notre Yom-Tov hériteront, parfois, de son prénom devenu patronyme. Ce qui donnera, par exemple, au moyen âge toujours, Bonjournus (Beaucaire en 1322), Bonjorn (à Avignon en 1360), voire Boniorn (à Perpignan en 1337). Mais ce bonjour a aussi une traduction en d’autres langues latines, et devient ainsi Bondia (à Narbonne en 1306), Boudia (à Marseille en 1350), Bonus Dias (à Manosque en 1926) ou Bondie (à Salon-de-Provence en 1391).
Attardons-nous maintenant sur cette dernière forme, Bondie, avec ses variations Bondi, Bondy voire Bonidy, pour en suivre les pérégrinations. Si, au XIIe siècle, une famille Bondia vit en Aragon, c’est à Ferrare que l’on retrouve, en 1573, un certain Avraham Bondi. Pour ne pas quitter l’Italie, mais au XVIIIe siècle maintenant, Avraham Yaacov et Hananiah Mazal-Tov Bondi étaient, tous deux, rabbins et médecins à Livourne.
Cap à l’est où, très visiblement, des membres de ces familles on ne peut plus sépharades partent s’installer. En Bohême, d’abord, où le premier Bondi apparaît à Prague dès 1592. Des Bondi originaires de la même ville s’illustreront aux siècles suivants, tant comme responsables communautaires que comme autorités en matière de Torah. Mentionnons, parmi eux, Avraham Bondi (mort en 1796), qui est l’auteur d’un commentaire sur une partie du Shoul’han Aroukh, commentaire que son fils Néhémia Feivel publiera en 1808 à Prague – où vit, à la même époque, Elia Bondi, un prédicateur, grand érudit dont les sermons seront ausi publiés. A signaler, toujours à Prague, Philip Bondy (1830-1907), premier rabbin à prêcher en langue tchèque, et Bohumil Bondy, élu en 1884 président de la chambre de commerce de la ville, là encore une première du genre.
D’autres Bondi préféreront partir vers l’Allemagne, où Shimon Bondi (1710-1775) deviendra Juif de cour en Saxe et responsable de la communauté juive de Dresde, tandis qu’un autre Bondy (1794-1877) allait se retrouver parmi les fondateurs de la communauté orthodoxe de Mainz. Certains membres de cette dernière famille émigreront aux Etats-Unis, dont le célèbre August Bondi, né à Vienne en 1833. Celui-ci lutta contre l’esclavage dans son nouveau pays, fut l’un des premiers pionniers juifs au Kansas et servit sous la bannière de l’Union lors de la guerre de Sécession.
Pour en finir, sans quitter les jours de fêtes, à noter que l’expression « bonne fête » donna naissance aux patronymes Bonfed, Bonefad et Bunefad que l’on retrouve dans le Sud de la France et en Espagne au XIIe siècle. Espagne où vivra Rabbénou David Bonfeld, disciple du Ramban et auteur de Novelles sur le Talmud, ainsi que le rabbin-poète de Saragosse Shlomo ben Réouven Bonfed (XIV-XVe siècle), présent à la controverse de Tortosa. Une branche des Bonfed se retrouvera, plus tard, au Maroc.•