Racines
Le faisceau des Serror

L’Arche n°479

Voici un patronyme qui réconcilie quasiment toute l’Afrique du Nord puisque l’on trouve des Serror et dérivés tant en Algérie qu’au Maroc ou en Tunisie. Plus précisément, les Seror, Serour, Soror et compagnie se repèreraient plutôt du côté de l’Algérie et de la Tunisie alors que les Abisror, Bisror ou Abiseror trouveraient leurs origines toujours en Algérie mais aussi au Maroc. Enfin, impossible de se tromper, les Bicherour, eux, proviennent du Sahara.
Comment peut-on expliquer le sens de cette appellation ? Plusieurs hypothèses sont avancées par les spécialistes. La plus simple d’entre elles est qu’il existe des tribus de ce nom dans la région d’Oran. Autre explication liée à un endroit : ce patronyme viendrait de la ville syrienne de Bousra, lieu d’origine des Abisror.
Passons à des origines hébraïques. Selon certains, il faut rapprocher ce nom du mot hébraïque Tseror qui signifie « faisceau ». Abisror voudrait alors dire « Mon père est un faisceau » Notons que cette même dénomination Tseror se retrouve déjà dans un verset du livre de Samuel : « Il y avait alors un homme de la tribu de Benjamin, nommé Kich, fils d’Aviel, fils de Tseror… » qui n’était autre que le père du futur roi Saül.
D’autres privilégient une explication différente, toujours liée à l’hébreu. Sror serait une déformation de Srara signifiant « autorité ». Dans cette version-là, les ancêtres des Abisror, ou « père de l’autorité », auraient occupé des postes communautaires de premier plan : rabbins ou sacrificateurs rituels.
Côté historique, le premier Abeçeror connu est mentionné dans un acte notarial établi à Tudela (en Espagne) en 1190. Comme célébrités, il faut signaler deux grands rabbins d’Alger, Chlomo Seror (au XVIIème siècle) et son petit-fils Raphaël Yedidiah Chlomo (1681-1737), auteur de responsa intitulées Péné Tsadik, publiées par son élève Yehouda Ayashi, à Livourne, en 1748.
Enfin, le plus aventureux des Abisror est, sans conteste, le rabbin marocain Mordekhaï Abisror, qui, géographe passionné, traversa en 1857 le Sahara avant de rejoindre Tombouctou. C’est ce même Mordekhaï Abisror qui aida Charles de Foucault à explorer secrètement le Maroc après lui avoir conseillé de se déguiser en rabbin pour passer inaperçu.

Catherine Garson

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