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1981: les conclusions du

On lit quelquefois dans la presse qu'un "jury d'honneur", composé de résistants (Jean Pierre-Bloch, Marie-Madeleine Fourcade, Daniel Mayer, Michel Riquet, Charles Verny), aurait lavé Maurice Papon de tous les reproches qui lui étaient adressés. La réalité est bien différente. On lira ci-dessous la conclusion à laquelle est parvenu ce jury d'honneur, qui a été constitué en mai 1981 après la parution des articles du Canard enchaîné.

"Le jury d'honneur,
Donne acte à M. Maurice Papon de ce qu'il fut bien affilié aux Forces françaises combattantes à compter du 1er janvier 1943 et attributaire de la carte du combattant volontaire de la Résistance.

Considère que le rôle de M. Papon comme secrétaire général de la Gironde, de mai 1942 à la Libération, doit être apprécié au regard de la conduite de la préfecture régionale de Bordeaux durant cette période.

Constate que cette préfecture, sans faire preuve du zèle honteux de ses dirigeants précédents, a cependant exécuté les ordres du gouvernement de Vichy et des autorités allemandes, notamment en ce qui concerne les mesures discriminatoires et criminelles dont les Juifs étaient les victimes, se contentant par des initiatives personnelles, et même parfois courageuses, d'en atténuer certains effets.

Estime que M. Papon, dont la responsabilité, bien qu'elle ne paraisse pas la plus engagée, doit tout de même être retenue, a dû concourir à des actes apparemment contraires à la conception que le jury se fait de l'honneur et qui, à juste titre, choquent la sensibilité française, mais qu'il convient toutefois de situer dans le contexte de l'époque, d'autant plus que plusieurs d'entre eux n'ont pas eu la portée ou les effets que leur révélation peut laisser croire aujourd'hui.

Conclut, néanmoins, qu'au nom même des principes qu'il croyait défendre, et faute d'avoir été mandaté par une autorité qualifiée de la Résistance française pour demeurer à son poste, M. Papon aurait dû démissionner de ses fonctions au mois de juillet 1942."

Le style est certes mesuré, mais c'est loin d'être une manifestation de soutien à M. Papon. Le jury critique son comportement sous l'Occupation, estimant que "(sa) responsabilité... doit tout de même être retenue" comme concourant "à des actes apparemment contraires à la conception que le jury se fait de l'honneur" et que, contrairement à ses assertions, il n'avait pas été "mandaté par une autorité qualifiée de la Résistance française pour demeurer à son poste" et qu'il aurait donc dû "démissionner de sa fonction au mois de juillet 1942", c'est-à-dire au début des faits qui lui sont reprochés.

Par ailleurs, les informations dont disposaient les cinq membres du jury lorsqu'ils ont rendu leur "sentence", le 15 décembre 1981, ne concernaient qu'une partie des faits qui ont fait l'objet de l'instruction; sur plusieurs points importants, l'arrêt de la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Bordeaux, qui renvoie Maurice Papon devant les Assises, rectifie les formulations du jury d'honneur, tant en ce qui concerne le passé de résistant de M. Papon ("il ne ressort de l'instruction aucune certitude quant à l'appartenance de Maurice Papon à la Résistance") qu'en ce qui concerne sa responsabilité dans la déportation des Juifs.