Calendrier hébraïque, patrimoine juif

Extraits de l'Almanach 5758 (1997-1998)
L'Arche N° 476/septembre 1997

L'année juive est rythmée par des fêtes et des célébrations
qui définissent la vie quotidienne du Juif pratiquant, et qui jouent un rôle essentiel dans la communauté culturelle et affective reliant l'ensemble des Juifs. Le calendrier est donc bien davantage qu'une liste des événements religieux de l'année : il est le cadre et la manifestation concrète d'une volonté de "vivre ensemble" dépassant les degrés d'observance, les différences de rite et les distances géographiques. Marquer, de quelque manière que ce soit, les " Jours terribles " allant du début de l'année juive (Roch Hachana) au Jour du Grand pardon (Yom Kippour), ou bien le repas pascal (seder) commémorant la sortie d'Egypte, ou encore la Fête des lumières ('Hanouca) en souvenir des Hasmonéens, c'est indiquer que l'on s'inscrit dans la continuité dont découle l'identité juive. Il en va de même de l'évocation des événements - heureux ou malheureux - du passé, qui sont indissociables de la conscience que le peuple a de sa propre existence. D'où ces voisinages, surprenants à première vue, dont le calendrier juif est coutumier: entre la sortie d'Egypte et la création de Tel-Aviv, entre le massacre des fils du roi Sédécias (587 avant l'ère chrétienne) et les pogroms de Chmielnicki en 1648, entre la colombe que Noé lâcha lors du déluge et le "second Pourim" que célébraient les Juifs d'Avignon.

Les pages qui suivent décrivent donc l'année juive, comme elle a été vécue au cours des siècles. A côté d'un rappel des principales dates du calendrier hébraïque, ainsi que de divers jours anniversaires liés à l'histoire juive ancienne ou moderne, l'accent est mis sur les traditions et les usages associés aux principales fêtes juives. Cet almanach n'est pas pour autant un "guide technique" destiné aux Juifs pratiquants. Les informations données ici sont par nature incomplètes - voire trompeuses, pour qui voudrait les prendre à la lettre -, puisqu'elles résument en quelques lignes ou en quelques mots une pratique millénaire. En effet, il n'est pas dans notre intention de nous substituer aux livres d'érudition ni aux sources rabbiniques. Nous voulons plutôt offrir avec cet almanach une introduction aux rythmes de la vie juive: un texte où le lecteur, quel que soit son rapport personnel aux prescriptions du judaïsme et à ses coutumes, trouvera le reflet d'une authenticité sans laquelle il n'est pas de culture vivante. Meïr Waintrater

Comment est né le calendrier hébraïque

Le calendrier hébraïque est à la fois un calendrier lunaire et un calendrier solaire. Les mois, de la durée d'une lunaison, sont en principe au nombre de douze, avec parfois l'adjonction d'un treizième mois ainsi qu'il sera précisé ci-dessous. Ils se nomment, selon l'ordre actuel : Tichri, Mar'hechvan, Kislev, Tevet, Chevat, Adar, Nissan, Iyar, Sivan, Tamouz, Av et Eloul (l'énumération biblique, elle, commence au mois de Nissan). Les noms des mois sont d'origine babylonienne, ainsi qu'en témoigne le Talmud : "Les noms de mois vinrent avec eux de Babylonie". Dans la partie prescriptive de la Bible (la Torah - en français: Pentateuque), les dates des fêtes sont déterminées en fonction des mois lunaires. Mais elles sont également liées au rythme des saisons, et leurs noms d'origine en témoignent: fête du printemps, fête des moissons, fête des récoltesÍ

Ici, il convient de faire un peu d'astronomie. Le mois lunaire théorique dure un peu plus de 29 jours et demi. De ce fait, une année lunaire de douze mois contient 354 jours - ou quelquefois 355 jours, pour rattraper les quelques minutes de retard qui s'accumulent au fil des mois. Il manque donc à l'année lunaire une bonne dizaine de jours pour faire une année solaire de 365 jours. En conséquence, le calendrier lunaire est, d'une année sur l'autre, plus ou moins décalé par rapport à l'année solaire; les points fixes de l'année solaire, comme les équinoxes, n'ont pas des dates fixes dans le calendrier lunaire. Cela a causé des problèmes qui ont été résolus avec le temps.

A l'origine, l'annonce de la nouvelle lune avait un rôle déterminant chez les Juifs vivant sur la terre d'Israël. Chacun des mois du calendrier hébraïque pouvait avoir soit vingt-neuf jours, soit trente jours. Si, à la fin du vingt-neuvième jour d'un mois donné, on avait observé la nouvelle lune dans le ciel, le tribunal (Bet Din) recueillait les témoignages dans ce sens et proclamait que le lendemain était le premier jour d'un nouveau mois (Roch 'Hodech, " le début du mois "). Si la nouvelle lune n'avait pu être observée, le lendemain du vingt-neuvième jour était considéré comme étant le trentième jour du mois écoulé, et le mois ne commençait que le jour suivant; dans ce cas, cependant, l'un et l'autre jour étaient considérés comme " le premier du mois " au sens cérémoniel du terme (Roch 'Hodech I et Roch 'Hodech II).

Un principe analogue était en vigueur en ce qui concerne le début de l'année. L'année hébraïque primitive commençait au printemps. Le Jour de l'an était le premier jour du mois de Nissan. La première fête de l'année était Pessa'h, " la fête du printemps ", qui commence le 15 Nissan. Cette fête devait toujours, comme son nom l'indique, être célébrée au printemps. Mais si, à l'approche du mois de Nissan, les autorités constataient que le printemps n'était pas encore venu, de sorte que Pessa'h ne pouvait encore être dûment célébrée, on proclamait le redoublement du dernier mois de l'année (Adar). Le mois qui suivait Adar était le " deuxième Adar " et non pas Nissan, et l'année qui s'achevait avait donc treize mois au lieu de douze. Le 1er Nissan, début de l'année, était ainsi retardé d'un mois, ce qui permettait au calendrier lunaire de se "caler" à nouveau sur les saisons selon le calendrier solaire. (...)