timbre Le timbre du mois
(L'Arche, juillet 1997)

Chapeau pointu

Au moyen âge, l'habit constituait la principale marque d'appartenance à une catégorie sociale, et du moine au marchand, du soldat au seigneur, chacun portait les vêtements propres à son état. Les marginaux, mendiants, lépreux, jongleurs et filles de joie se reconnaissaient également à leurs marques vestimentaires spécifiques, tout comme les Juifs, ces marginaux d'entre les marginaux, facilement identifiables à leur habillement particulier et, en territoire germanique, à leur chapeau pointu.

Le pape trouva pourtant nécessaire, en 1215, d'imposer aux Juifs le port d'un badge jaune, la rouelle, puis, au synode de Vienne, en 1265, d'y ajouter l'obligation du chapeau pointu. Ce chapeau constitua alors le signe distinctif des Juifs pendant toute la période médiévale, ainsi qu'en témoigne l'iconographie de l'époque, tant chrétienne qu'hébraïque. Le frontispice Berechit de la Bible de Schocken, par exemple, un manuscrit allemand enluminé de 1290 qui a été reproduit en 1985 par un timbre d'Israël, nous offre plusieurs séquences bibliques dans lesquelles Moïse et les Israélites arborent leurs chapeaux pointus. C'est aussi le cas d'un des personnages figurant sur une fresque du XIVe siècle, sujet d'un timbre danois émis en 1973. Il y a mieux : la tête de Juif, avec sa longue barbe, son nez sémite et son chapeau pointu, a été utilisée en héraldique, et elle orne les armoiries de la ville de Ceska Trebova (timbre tchèque de 1971) et celles de Judenburg (timbre autrichien de 1974). Emblème de la communauté juive de Prague, le chapeau pointu figure naturellement sur les oblitérations «Premier jour» des timbres qui lui ont été consacrés, en 1967 et en 1997, par la Tchécoslovaquie et Israël.

Quant à ce timbre du Vatican, émis le 12 octobre 1996, il a fait bondir d'indignation un ami napolitain, Gianfranco Moscatti, qui, sans plus tarder, a alerté la presse, le Musée Yad Vashem, l'Union des communautés juives d'Italie et l'ambassade d'Israël auprès du Saint-Siège. Aux dernières nouvelles cependant, écrit le Corriere della Sera, les milieux autorisés ne croient pas à l'imminence d'une guerre israélo-vaticane. Après tout, explique un conseiller pontifical, le miniaturiste du Duocento, auteur de cet évangile enluminé, a représenté les Docteurs de la Loi avec leurs chapeaux pointus, car c'était l'usage à l'époque. En fait, en toute logique historique, Jésus lui-même devrait porter le chapeau. S'il en est exempté, c'est sans doute que son auréole le gêne.