racines : Le bon nom des Kalman

Une petite promenade linguistique pour comprendre l'origine du patronyme Kalman, Kellman et compagnie. Au commencement, il existe le nom hébraïque Shem Tov, à savoir « le bon nom », la bonne renommée. Celui-ci fut traduit en grec et devint Kalonymos (en orthographie latine). Nom porté par exemple par le père du célèbre Onkelos dont la traduction du texte de la Torah en araméen figure traditionnellement à gauche de la page. Ce kalonymos fut ensuite raccourci pour devenir, au gré des diasporas d'Europe de l'Est : Kalman, Kelman, voire Kalma ou Kalm. Puis cette appellation se vit dotée d'un suffixe notant parfois la filiation, ou venant parfois « poloniser », « russifier » ou « slaviser » le nom. C'est ainsi qu'en Pologne, on rencontrera des Kalmanowicz, Kalmanski ou des Kielmanski et Kielmanson. Dans l'empire des tsars, les suffixes diffèreront : Kalmanson, Kalmanov, Kalmanovich voire Kalmanok ou Kelmanskij (la liste est loin d'être complète).

Donc pas de problème d'origine, si ce n'est un piège à éviter : ne pas faire dériver « Kelman » de l'allemand où il désignerait un maçon ou du moins celui qui travaille avec une truelle, instrument qui se dit kelle dans la langue de Goethe.

Pour ce qui est des célébrités, impossible de ne pas mentionner la famille allemande « Kalonymus » qui connut une grande notoriété entre le IXe et le XIIIe siècles dans les cités qui bordaient le Rhin. Parmi ses plus illustres représentants, citons Eleazar ben Yehouda de Worms (1165-1230?), auteur prolixe et témoin des atrocités qui suivirent la prise de Jérusalem par Saladin au cours desquelles sa femme et sa fille furent assassinées. Bien plus près de nous, le rabbin Abraham Kalmanowitz (1891-1964) né en Biélorussie, fut élu président de la yéshiva de Mir en 1926. Il devait l'accompagner lorsqu'elle fut transportée en 1940 à Vilna. Ayant réussi à gagner les Etats-Unis, il se voua au sauvetage des Juifs pris dans le piège nazi. C'est lui qui organisa le transfert de la yéshiva de Mir à Kobe au Japon, puis à Shanghaï en Chine. Avant d'obtenir, en 1945, son transfert en Eretz Israël et aux Etats-Unis. C'est ainsi qu'en 1946 il inaugurait « Mir Brooklyn » où il fit notamment venir de nombreux jeunes nés en Afrique du Nord.

Catherine Garson