Philatélie et judaïsme

timbre Le timbre du mois
(L’Arche, mars 1997)

Le Metacrinus levii

Tous ceux qui, comme moi, nourrissent une double passion, celle des timbres Judaïca et celle des spongiaires, auront eu un coup de coeur en découvrant, dans la superbe série du  " Monde des profondeurs " émise le 18 mai 1996 par la Nouvelle-Calédonie, ce croisement bizarre entre un tournesol hirsute et un microphone des années trente, et qui n'est autre, indique la légende, qu'un Métacrinus levii. Ce petit animal vivait nonchalamment à 400 mètres de profondeur, au large de Nouméa, par 22° 55' de latitude Sud et 167° 13' de longitude Est, quand soudain, un jour de 1987, les membres de l'expédition Vauban l'arrachèrent à sa quiétude pour l'amener à bord de leur navire océanographique. On s'aperçut rapidement qu'il représentait une espèce nouvelle, et Nadia Cominardi, son inventeur, le dédia aussitôt au professeur Claude Lévi, le spécialiste des invertébrés marins qui avait dirigé deux expéditions en Nouvelle-Calédonie. Ce genre de dédicace s'effectuant sans cérémonie officielle, Claude Lévi ne sut que bien plus tard que son nom avait été attribué à un échinoderme crinoïde de 15 centimètres de long, fortement apparenté aux fossiles du mésozoïque, de même qu'il fut tout surpris d'apprendre qu'il figurait désormais au Panthéon de la philatélie Judaïca.

Né à Paris en 1922, de parents d'origine alsacienne, Claude Lévi se destinait à faire Polytechnique, par tradition familiale, mais la guerre en décida autrement. Il se retrouva ouvrier agricole dans le sud de la France, et cette expérience lui donna le goût de l'agronomie et de la nature. En 1944 il s'inscrivit à la Faculté des Sciences, puis il passa son doctorat et se spécialisa en biologie marine à la station biologique de Roscoff. Il fut nommé professeur à la Faculté des Sciences de Strasbourg, et par la suite au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, et dirigea les Sciences de la vie au CNRS. Il consacra toute sa vie aux spongiaires et aux invertébrés marins, un domaine scientifique qui, admet-il volontiers, est rarement choisi par les Juifs. Est-ce parce que leur inconscient collectif trouve ces fruits de mer décidément peu cashers, ou est-ce parce que, les échinodermes conservant obstinément une symétrie pentamère, aucune étoile de mer n'aura jamais six branches ?