Extrait du dossier

"  Le pillage des biens juifs dans la France de Vichy "

paru dans l'Arche de mars 1997

Des spoliations aux rafles par David Douvette

Les médias sont, depuis quelques semaines, subjugués par les toiles de maîtres, les objets d'art, les appartements et autres lingots d'or qui selon eux constitueraient l'essence même de la spoliation des biens juifs pendant la seconde guerre mondiale. Cette vision d'une page de l'histoire de la seconde guerre mondiale, jusque-là totalement occultée et révélée brusquement à grands coups d'images et de chiffres fabuleux, est quelque peu réductrice de ce que fut la spoliation. Elle comporte en outre un grand danger, celui de la résurgence des vieux fantasmes antisémites du Juif éternel cousu d'or. Présentés ainsi, les fruits de la spoliation des biens juifs constitueraient d'immenses richesses dont regorgeraient les coffres de l'Europe tout entière. Il convient de rappeler ici qu'une part non négligeable de cet or provient de la fusion des centaines de milliers d'alliances et de dents arrachées sur les cadavres des Juifs à Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Maidanek, Sobibor, Chelmno…

Pour ce qui concerne la France, la spoliation ne fut pas seulement la clef de voûte de la politique antisémite de Vichy; elle est indissociable, comme on le verra, de la complicité du gouvernement de Vichy dans la déportation et la mort de 76000 Juifs, dont plus de 11000 enfants.

La loi fondamentale sur la spoliation, en date du 22 juillet 1941, priva les Juifs de tous leurs biens et leur interdit d'en acquérir d'autres sous quelque forme que ce soit. Les Juifs étaient donc livrés au bon et surtout au mauvais vouloir des administrateurs " aryens " qui leur étaient assignés, et dépendaient souvent, pour leur subsistance, des organismes d'entraide de l'UGIF (Union générale des israélites de France, créée par Vichy à la demande des autorités d'occupation en novembre 1941), eux-mêmes sévèrement contrôlés par le Commissariat général aux questions juives qui en fit des souricières permanentes. Les lois concernant la spoliation furent ainsi le fondement même des rafles, de l'internement et de la déportation.

Les lois spoliatrices furent mises en application un an au moins avant les premières grandes rafles du 16 juillet 1942. Assignés à résidence, privés légalement de tout droit, de tout moyen de subsistance et surtout de tout moyen de fuite, les Juifs ne pouvaient plus échapper à leur destin tragique. Par ces lois, Vichy refermait sur eux la nasse dans laquelle, au petit matin, des policiers français devaient venir les arrêter - et s'il n'y avait eu des actes de sauvetage dus au dévouement de Français courageux, tous les Juifs assurément auraient péri.

Dès leur arrivée au camp de Drancy, on vidait les poches des personnes raflées et l'on confisquait jusqu'aux photos et aux documents personnels. Le tout était consigné dans un cahier de fouille, et un reçu était remis à l'intéressé. L'administration de Vichy fit payer à chaque Juif déporté vers Auschwitz son billet de train jusqu'à la frontière allemande, le montant étant prélevé sur les sommes confisquées.