Philatélie et judaïsme

timbre Le timbre du mois
(L’Arche, janvier 1997)

Dear Henry

Comme on pouvait s’y attendre, de très nombreuses émissions philatéliques ont marqué, tout au long de l’année 1995, le centenaire de la fondation du prix Nobel, et notre thématique s’est enrichie, tout à coup, de quatre-vingt-cinq timbres, commémorant cinquante-cinq lauréats d’origine juive. De quoi alimenter cette rubrique pendant un bon moment ! Au sein de cette interminable galerie de portraits compassés, voici un Henri Kissinger jovial, souriant sur ce timbre de St Vincent émis le 2 octobre 1995.

Jolie carrière que celle de « Dear Henry » : professeur de sciences politiques à Harvard, analyste réputé des relations internationales, il fut, à la surprise générale, nommé conseiller pour la Sécurité nationale par Nixon, en 1968. Ce Juif immigré, réfugié d’Allemagne en 1938, ce naturalisé américain, devint alors un des hommes les plus puissants de la planète. De 1968 à 1977, il sillonna le globe, exécuteur omniprésent de la politique étrangère des Etats-Unis, et jouissant d’une liberté d’action sans précédent.

Lisez son tout dernier best-seller Diplomatie : les tractations secrètes avec Pékin, les accords SALT sur le désarmement, les accords de paix au Viet-Nam qui lui valurent le prix Nobel – tout porte sa marque.

Lors du conflit israélo-arabe de 1973, il déploya sa fameuse diplomatie des « petits pas », effectuant d’innombrables navettes d’une capitale à l’autre. Il se sentait évidemment très concerné par ce conflit, lui qui, élevé dans un milieu pratiquant, avait été exclu de l’école par les nazis et avait perdu treize membres de sa famille en déportation. Mais son but principal était, en rendant sa médiation indispensable, de favoriser les intérêts des Etats-Unis. Pour Derogy et Carmel, dans Le siècle d’Israël, Henry Kissinger, en empêchant les pourparlers directs entre les belligérants, et malgré ses apparents succès, a fait perdre quinze ans au processus de paix au Proche-Orient. Conclusion : le fait qu’un Juif soit nommé Secrétaire d’Etat ne doit pas vous faire répondre automatiquement «oui» si votre grand-mère vous demande, comme c’est l’usage : « Et c’est bon pour nous? »