Article extrait du dossier publié dans
L'Arche n° 524-525, octobre-novembre 2001

Pour recevoir à titre gracieux un numéro d'essai de L'Arche
contenant cet article, envoyez votre adresse à
L'Arche, 39 rue Broca 75005 Paris,
ou par télécopie au 01 42 17 10 31, ou par courrier électronique
à archejud@club-internet.fr

Racines: l'origine des noms juifs

Guetta et la rhétorique

Guetta est un patronyme que l'on retrouve, sous cette forme, dans les trois pays constituant le Maghreb. Parfois, cependant, le patronyme prend des formes différentes: Guitta au Maroc, Gouetta en Tunisie, ou Goeta en Algérie. Mais cette belle unanimité ne se retrouve pas en ce qui concerne les origines du nom. Pour certains, il viendrait de l'adjectif arabe Kata signifiant "coupant", "tranchant" ou "catégorique". Dans cette éventualité, les ancêtres de nos Guetta auraient été des rhétoriciens redoutables auxquels il valait mieux éviter de se frotter. D'autres estiment que ces mêmes Guetta doivent leur nom à une tribu originaire du Gharian (en Libye), non loin de la frontière tunisienne.

Enfin, d'autres pensent que les racines des Guetta se trouvent en Espagne: le nom ancien de la ville de Huete, près de Cuenca (en Castille), n'était autre que Güete. Notons, en passant, qu'au XIIIe siècle une communauté juive prospère résidait dans cette cité, comme le prouve un acte de Ferdinand IV qui, en 1307, confirmait que la reine mère et d'autres dignitaires pouvaient continuer à recevoir les revenus qu'ils tiraient du quartier juif de Huete.
Passons maintenant aux célébrités. Venant en quelque sorte accréditer la troisième hypothèse, nous trouvons tout d'abord Rabbi Itzhak Guetta, un éminent talmudiste né en 1777 dans une famille dont les ancêtres, originaires de Huete, s'étaient établis en Orient. Lui-même vécut longtemps à Trieste avant d'aller fonder, vers la fin de sa vie, des yéshivot (académies talmudiques) à Tibériade et Safed, en Terre Sainte. Quant à Shmouel Güitta, célèbre médecin à Tanger, il se distingua lors de l'épidémie de choléra qui frappa cette ville en 1895. Membre de très nombreuses institutions et organisations, il fut aussi le délégué de l'Espagne à l'Assemblée législative de Tanger. Le nombre de décorations qu'il reçut est impressionnant: il fut ainsi, entre autres, chevalier de l'Ordre d'Isabelle la Catholique, de l'Ordre du Christ du Portugal, du Ouissam Alaouite et de la Croix-Rouge espagnole.

Catherine Garson