Extrait d'un dossier publié dans L'Arche n°513, novembre 2000

Israël, éternel coupable ?

Le scandale de la guerre par les enfants

Les images des enfants palestiniens morts suscitent une émotion légitime. Mais personne, ou presque, n'a dénoncé le fait que ces enfants sont envoyés au combat par les adultes. Il y a là, pourtant, une exploitation cynique de la jeunesse. Les gens protestent, à juste titre, contre le travail forcé des enfants dans un certain nombre de pays du tiers-monde. La mobilisation des enfants dans les armées, qui fut pratiquée de manière systématique durant la guerre Iran-Irak, a elle aussi révolté les consciences. Pourtant, personne ne bronche lorsqu'un dirigeant du Hamas déclare sur France 2 qu'il est disposé à sacrifier cent mille enfants palestiniens pour la cause. Dans Le Monde, c'est un médecin palestinien qui explique que les parents encouragent leurs enfants à affronter les soldats israéliens ; il n'y voit aucun mal, d'ailleurs lui-même est disposé à sacrifier son fils. " Les dirigeants palestiniens exploitent [les enfants] et risquent leurs vies pour un combat politique " : c'est la créatrice de la Fondation mondiale pour l'enfance, la reine Silvia de Suède, qui déclarait cela récemment aux Nations unies. Il faudrait, ajoutait-elle, dénoncer cette pratique tout comme l'on dénonce l'exploitation sexuelle des enfants. Qui s'est fait l'écho de ces paroles ?
Une dépêche de l'AFP, datée du 7 octobre, relate comment Mohamad Abou Assil, 13 ans, est mort " en martyr " . Le matin, il avait déclaré à sa mère : " Je vais à Netsarim mourir pour Al-Aqsa. " Son père raconte que depuis le début des affrontements, le 29 septembre, il se rendait chaque jour sur un " point chaud " dans la bande de Gaza. " Je veux mourir " , disait-il. Ses parents ont tenté de l'en dissuader, mais sans trop insister car c'était " la volonté de Dieu " . Aujourd'hui, Mohamad est un martyr. " Je l'en remercie " , dit sa mère.
De telles scènes, qui devraient soulever le cœur de toute personne ayant un soupçon d'humanité, sont au contraire accueillies avec compréhension, voire avec enthousiasme par une partie de la presse française. Ce qu'on offre à notre admiration, ce sont des enfants fanatisés, éduqués dans la croyance que la mort en " martyr " leur assure aussitôt la meilleure place au paradis.
Ces enfants ne sont pas des héros mais des victimes. Ils sont conditionnés dès le plus jeune âge, comme ces animaux que l'on dressait autrefois en vue de combats à mort. Ils sont petits, ils sont faibles encore, ils devraient être sur les bancs de l'école et non pas dans la rue armés de pierres ou de cocktails Molotov. Pourtant, le fanatisme qu'on leur a inculqué les rend d'autant plus dangereux. Les moyens habituellement employés pour disperser des manifestations sont sans effet sur eux. Puisqu'ils sont prêts à la mort, ils sont prêts à affronter la police ou l'armée face à face, et ils peuvent tuer aussi à bout portant. La prophétie se réalise donc d'elle-même. Dressés pour tuer et être tués, ces enfants sont les instruments d'une idéologie meurtrière.
HENRI PASTERNAK

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