LA FEMME DANS LA HALAKHA par le rabbin Philippe Haddad

Oui, je crois que c’est la peur, la peur de la femme, comme c’est la peur du non-Juif, comme c’est la peur de la philosophie, comme c’est la peur de la modernité qui fait que nous faisons la Halakha comme nous la faisons.
Alors, nous sommes pris aux pièges de nos propres frayeurs, et nous ne savons pas comment résoudre le problème des femmes agounot, ces femmes abandonnées par leur mari qui ne peuvent se remarier sans tracer sur le fruit de leur amour la marque d’une tare indélébile, la mamzérout. Ad matay réchayim yaalouzou ? Jusqu’à quand les salauds vont-ils infléchir la loi ? Et, toujours au prix de nos frayeurs, nous en oublions l’hospitalité d’Abraham en faisant subir aux candidates (mais ce n’est pas mieux pour les candidats) à la conversion les pires épreuves psychologiques – comme disait en son temps Josy Eisenberg, « un véritable parcours du combattant » parce que la jupe monte un centimètre au dessus du genou ! La pudeur doit-elle engendrer le mépris du corps, du sport et de la beauté ?
Sont-ce encore nos propres frayeurs ou notre phallocratie inavouable qui interdisent aux femmes de siéger au sein des conseils d’administration de nos synagogues ? Ou est-ce le désir discret de revenir au temps du ghetto que la conscience religieuse a tant de mal à quitter ?

Judaïsme et caricature

Une autre question me brûle les lèvres : pourquoi y a-t-il toujours un type qui tourne la tête pour dire aux femmes de fermer le rideau ? D’où lui vient son torticolis ? Pourquoi faire porter aux femmes la faiblesse des hommes ?
Mais ces questions en appellent une autre. Pourquoi les femmes veulent-elles imiter les hommes, en voulant mettre le talit ou les téfilin par exemple ? Mais ce sont les hommes qui devraient être jaloux des femmes !
Reprenons les textes à la base : quel est le but des mitsvot (les commandements – NDLR) ? Rabbi Hanania, fils d’Aquachia, enseigne : « Dieu a voulu donner du mérite à Israël, c’est pourquoi Il a multiplié les mitsvot ». Qu’est-ce que le mérite (le zekhout) ? De la racine zakh, épuré, le mérite est l’épuration de l’être. On n’épure que ce qui contient des scories. Et comment épure-t-on la conscience morale ? Eh bien, en la rendant vigilante au temps qui passe. Etre responsable, être partenaire de Dieu, c’est savoir comment remplir le temps par la vertu. Or la femme est dispensée des commandements positifs qui dépendent du temps, car elle vit biologiquement le temps.
Je vous assure, mesdames, qu’il n’y a aucune démagogie dans mon propos. La revendication à l’imitation devrait se faire dans le sens homme-femme et non femme-homme.
Mais je reconnais que si la femme exprime de telles exigences, c’est que peut-être les hommes de la Halakha ne les comprennent pas suffisamment, comme ils ne comprennent pas les jeunes ou les laïques.
« La femme dans la Halakha », c’est sans doute l’un des problèmes majeurs dont dépendent l’avenir du judaïsme, avant qu’il ne bascule inexorablement dans la caricature de lui-même. •