Extrait du dossier : « La détresse des enfants »

Au problème de l’identité, une réponse juive

Les enfants placés en institution souffrent souvent d’une perte d’identité. Le judaïsme leur apporte une réponse qui, au-delà de son caractère religieux, véhicule des éléments de restructuration de la personnalité.
Grâce au soutien du FSJU, les organismes juifs spécialisés dans l’aide à l’enfance ont pu développer, au sein de leurs activités sociales, une dimension juive spécifique et cette dimension contribue pour beaucoup à l’efficacité de leur intervention. « La foi et la pratique religieuse sont tout à fait dissociables, affirme dans un sourire Simon Bokobza, directeur général de l’OPEJ. Vous ne pouvez pas imposer l’une mais vous pouvez proposer l’autre. Le judaïsme, en effet, avec ses règles et ses rites, pose des limites dont les jeunes ont un besoin vital et qui permettent en définitive à chacun d’entre eux de retrouver ses racines, de se conforter dans son histoire, de s’inscrire durablement dans la famille qui est la sienne. »
De même, chez les handicapés, la possibilité de vivre dans un environnement juif est source d’évolution parce que le calendrier juif cadence la vie, donne des repères, structure.
Mais ne réduit-on pas à la portion congrue la part de spiritualité qui est au fondement du judaïsme ? Le rabbin Gilles Bernheim rappelle que le mot « religion » est associé à la fois à relire et à relier : la fonction de la religion est d’abord d’aider à relire sa mémoire, son livre, son passé, avant de relier c’est-à-dire de permettre à des gens d’élaborer une vie commune. Ces deux volets ne sont pas toujours faciles à concilier, les intervenants ayant souvent tendance à privilégier l’un ou l’autre. « La seule observance des rites conserve toute sa force et son importance, dit Gilles Bernheim. Quand on impose des règles à quelqu’un, cela peut être une manière de lui redonner une dignité. Se conformer aux mêmes règles que les autres a quelque chose de rassurant : cela donne le sentiment d’une égalité de traitement, et ce sentiment est important chez des enfants qui n’ont parfois connu que l’arbitraire. »
Un point de vue que partage Yossi Tiano, chef de service à l’OSE à Saint-Germain-en-Laye, pour qui la religion constitue un cadre idéal. « En effet, lorsqu’ils sont en pleine crise d’adolescence, dans des interrogations multiples par rapport à eux-mêmes, la religion paraît aux 12-16 ans immuable, fixe, solide. Même lorsqu’ils la rejettent, ce qui arrive parfois, ce rejet-là devient pour nous un outil. »
Le judaïsme est aussi une grille de lecture qui peut porter secours à d’autres cultures, à d’autres histoires.
Nathan Khaïat, directeur général de l’OSE : « Les enfants et familles de toutes origines confessionnelles, culturelles ou ethniques peuvent bénéficier de nos services, mais il nous faut, pour conserver notre force, garder une cohérence. Les pouvoirs publics l’ont d’ailleurs tout à fait compris. Ainsi, dans le prolongement de notre histoire, nous intervenons auprès des populations immigrées, parce que nous sommes à même de comprendre le déracinement, la place primordiale du père dans la cellule familiale.
Nous avons ainsi vécu des histoires singulières.
Celle, par exemple, de ce patriarche tzigane qui refusait le placement d’un de ses enfants et qui nous fut envoyé en dernier recours par juge. On le conduisit dans nos locaux pour y rencontrer les travailleurs sociaux. Buté dans son silence, l’homme semblait ne pas voir ce qui se passait autour de lui, lorsque ses yeux se posèrent sur une photographie au mur qui représentait des Juifs de retour des camps. Une des assistantes sociales lui expliqua que l’OSE était une association juive, et l’homme s’écroula en larmes. Des membres de sa famille étaient morts en camp de concentration ; pour lui, placer un de ses enfants, se séparer de lui, était vécu comme la reproduction de l’abandon fatal. Ce nœud gordien tranché, l’homme coopéra sans plus de difficultés. » •